ANGIBOUST Sylvain

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Après ses premières armes dans Split Screen, ses participations dans Panic et ACME, Sylvain Angiboust vient de rejoindre l'équipe de l'Avant-Scène Cinéma (qui marque son retour dans le milieu des revues indispensables pour apprendre le cinéma).

Comment êtes vous arrivé dans le monde de la critique cinématographique?

Je suis cinéphile depuis l'enfance et j'ai très tôt commencé à écrire sur les films que je voyais au cinéma, remplissant des cahiers de textes et de photos. D'abord beaucoup de photos accompagnant une fiche technique, un résumé et un avis de quelques lignes (de toute façon, à l'époque, j'aimais tout ce que je voyais). A l'adolescence, je rédigeais chaque semaine des textes de plusieurs pages, aux analyses assez complètes.
C'est donc tout naturellement que j'ai accepté lorsque l'on m'a proposé d'écrire dans Split Screen, la revue des étudiants en cinéma de l'Université Paris 7.
Après un bac littéraire en province, j'ai passé 2 ans en classe préparatoire (l'occasion de m'installer à Paris et de voir encore plus de films) puis j'ai migré vers l'université pour suivre des cours d'histoire du cinéma, juste à temps, donc, pour collaborer au premier numéro de Split Screen. J'ai poursuivi mon cursus en cinéma jusqu'à la thèse, tout en écrivant parallèlement des textes critiques.
Je ne pense pas qu'il y ait un parcourt tout tracé pour devenir critique : d'ailleurs, il n'existe pas de formation. Certains font des études de journalisme, d'autres étudient le cinéma, certains sont des autodidactes passionnés : il s'agit d'avoir une solide connaissance cinématographique, l'envie de la faire partager et de se forger un style pas trop désagréable. Les études de cinéma peuvent permettre d'acquérir ces qualités, mais le critique se doit aussi de faire entendre une voix singulière, d'affirmer ses goûts et une liberté de ton qui ne correspondent pas forcément à la normativité à l'exigence de sérieux de l'exercice universitaire. L'université ne forme pas plus à être critique que réalisateur : elle nous donne les bases d'un savoir que chacun doit ensuite employer pour atteindre ses objectifs personnels. Bien que je pense qu'on ne puisse pas enseigner la critique de cinéma, j'ai animé cette année des ateliers d'écriture avec les étudiants d'une fac bordelaise : mon but était de laisser les élèves les plus libres possibles dans leurs idées et leur style, je n'intervenais que pour les aider à aiguiser leur sensibilité. L'expérience a été positive et a accouché de quelques excellents textes.

Comment se passait votre collaboration dans Split Screen? Pourquoi la revue a-t-elle disparue ?

Il y a eu deux périodes de Split Screen et chacune a son histoire.
La première était la revue des étudiants en cinéma de l'université Paris 7. La revue, dont les frais étaient pris en charge par l'université, réunissait des textes écrits par les élèves, autour d'un thème. Ce fut ma première expérience de publication et le lieu de ma rencontre avec des « collègues » qui sont devenus certains de mes meilleurs amis. La revue était censée être un trimestriel mais, faute de temps, de personnel et parfois de motivation, nous ne publiions qu'un numéro par an (3 ans, 3 numéros, à partir de 2003). Cette première expérience s'est fait sous le regard bienveillant d'excellents professeurs comme Pierre Berthomieu, Marc Cerisuelo, Michel Etcheverry ou Jean-Baptiste Thoret qui ont même eu la gentillesse d'écrire pour nous. La revue était vendue à l'université et dans les librairies de cinéma parisiennes comme Album ou Contact. Le premier numéro avait été un franc succès, sans doute parce qu'un film de Sam Peckinpah était en couverture.
La seconde année, parallèlement à Split Screen, qui était destiné à publier de longues études « sérieuses », nous avons lancé Speed Screen, un feuillet bimestriel, gratuit, compilant de très courts textes sur les films à l'affiche : il s'agissait de commenter l'actualité, un vrai travail de critique. Après trois numéros, la revue s'est arrêtée lorsque l'équipe de rédaction a finie ses études ou les a poursuivies sous d'autres cieux. Nous avons cherché une nouvelle équipe d'étudiants pour continuer la publication mais personne ne s'est manifesté.

On en arrive à Split Screen nouvelle génération. Cette fois-ci, il s'agit d'une « vraie » revue, trimestrielle, tirée à 5000 exemplaires, tout en couleur, présente en kiosques. C'est Hélène Thoron, une des fondatrices du premier Split Screen qui est venue nous voir avec l'idée de relancer la revue de façon professionnelle. Elle a été la rédactrice en chef des 6 numéros qui ont été publiés et moi son adjoint. Nous avons formé une nouvelle équipe, avec certains anciens et surtout pleins de nouveaux. Nous voulions élargir le cercle de nos collaborateurs, continuer à piocher dans le vivier universitaire (car on y trouve des gens très cultivés et habitués à écrire) tout en ouvrant nos colonnes à des personnes marquées par une autre forme de cinéphilie, une autre façon d'écrire.
Chaque numéro s'ouvrait sur quelques textes critiques, analysant les films à l'affiche que nous préférions : vu notre périodicité, il était impossible de traiter toute l'actualité, ce qui aurait de toute façon été pénible. La plupart des revues le font déjà et il était plus intéressant de se concentrer sur les ouvres vraiment importantes. Le reste de la revue se composait des habituelles chroniques (DVD, musique de film.) et surtout de deux dossiers consacrés à l'histoire du cinéma, à la façon de Positif. C'est là que nous étions le plus libres et je suis très fier que nous ayons consacré des dossiers à la comédie américaine contemporaine (qui n'est guère analysée en France, si ce n'est dans les Inrocks) ou à Ken Russell (ce que, à ma connaissance, jamais personne n'avait fait).
Puisque la revue ambitionnait d'aller jouer dans la cours des grands, nous avons sorti le grand jeu en contactant les attachés de presse pour voir les films avant leur sortie et interviewer les réalisateurs, ce qui était évidemment impossible avec un fanzine universitaire. Les projections de presse et les interviews, c'est bien sûr la partie la plus gratifiante du boulot : on voit les films avant tout le monde et on boit un café avec des gens que l'on admire.
Mais l'organisation de la revue restait très artisanale : l'équipe dirigeante était composée de 3-4 personnes, nous n'avions pas de locaux (les réunions se faisaient dans la chambre de la rédactrice en chef) et, à la sortie de chaque numéro, je livrais moi-même la revue dans une vingtaine de libraires parisiennes, traversant la ville avec un sac remplis d'exemplaires sur le dos. Tous les collaborateurs étaient bénévoles et avaient donc aussi un ou plusieurs autres emplois, ce qui pouvait occasionner des retards pour la rédaction des textes. Et nous n'étions absolument par formés aux plus petites tâches administratives (comptabilité, communication.). Le principal était que les lecteurs ne se rendent jamais compte que nous ne savions pas ce que nous faisions.
Au bout d'un an et demi de publication et de 6 numéros, la revue s'est finalement arrêtée, tout simplement faute d'argent. Nous travaillions en totale indépendance, sans le soutien d'un groupe de presse et sans autre argent que celui de nos comptes en banque, espérant que la vente d'un numéro finance le suivant, ce qui n'a pas été le cas. Lorsque ma rédactrice en chef et moi-même avons commencé à avoir de sérieux soucis financiers, la publication s'est arrêtée d'elle-même.

Actuellement vous écrivez dans ACME. La tentative de passer du webzine à la version papier est une réussite. Danilo Zecevic me confiait dernièrement que le prochain numéro verrait aussi le jour en version papier. C'est une belle réussite. Comment avez-vous été amené à collaborer dans cette revue ? en quoi consiste votre participation ?

Danilo est un ami que j'ai rencontré à l'université, sur le premier Split Screen. Il fut rédacteur en chef du premier numéro, me laissant la place pour les deux suivants. Il a également écrit dans Split Screen 2, parallèlement au lancement d'Acmé sur Internet.
Ayant été très occupé (et un peu déprimé) par Split Screen, j'ai peu collaboré à Acmé, mais j'admire le résultat. J'ai expliqué à Danilo que je ne pouvais pas rejoindre son équipe mais que j'écrirais pour lui en fonction des sujets et de mes disponibilités : je lui ai fait des textes sur Robert Zemeckis et Murnau, ainsi que quelques critiques. Par contre, nous avons collaboré de près sur le numéro consacré à John Milius qui était un de ses vieux projets, par ailleurs parfaitement dans mes cordes.
Je suis content que ce numéro soit le premier à passer sur papier. L'idée de faire une revue Internet est excellente, surtout que Danilo a choisi une forme intéressante (un PDF complet à télécharger plutôt qu'une succession de textes à cliquer) : c'est moins cher et plus rapide qu'une revue papier. Je reste pourtant un nostalgique de la revue physique que l'on peut lire dans le métro : j'ai du mal à lire sur un écran, c'est mon côté papi.

Vous avez écrit pour d'autres revues ou fanzines de cinéma ?

En 2005, le critique Jean-Baptiste Thoret, qui était un de nos professeurs, a lancé la revue Panic. Malheureusement, cette publication de qualité n'a connu que 5 numéros mais j'ai eu le temps d'y publier deux textes, l'un portant sur Time and Tide de Tsui Hark et l'autre sur William Friedkin. Ce fut ma première expérience professionnelle, dans une revue qui paraissait en kiosques, « pour de vrai », mais je ne participais pas à la vie de la revue.
J'ai aussi écrit quelques chroniques consacrées aux sorties salles et dvd dans un magazine gratuit publié par McDonald's, mais uniquement disponible dans les fast foods de l'île de La Réunion. C'était superficiel mais amusant.
Surtout, j'ai rejoint depuis quelques mois le comité de rédaction de L'Avant-Scène cinéma, sur proposition de Renan Cros, membre précieux de l'ancienne rédaction de Split Screen. L'Avant-Scène cinéma existe depuis 50 ans, c'est une véritable institution dirigée par Yves Alion qui était déjà critique au début des années 80, lorsque je suis né. La revue est très ouverte, désireuse de mélanger les savoirs et les approches (journalisme, textes universitaires, chroniques, portraits et entretiens). Comme Split Screen, mais de façon différente, elle est ouverte à la fois sur l'actualité et les classiques et, comme chaque numéro porte sur un nouveau film, cela permet d'aborder des sujets très différents.

Vous êtes l'auteur d'une thèse sur le cinéma d'action contemporain. Celle-ci fera le sujet d'un livre ?

J'espère bien !
J'ai soutenu ma thèse au mois de novembre, avec de bons résultats. En l'état, c'est un gros pavé universitaire, passionné mais un peu pédant et confus. J'ai commencé il y a peu à réécrire le texte de façon à en faire un ouvrage plus accessible, agréable à lire mais toujours avec beaucoup de contenu. Je suis entré en contact avec un éditeur que le sujet intéresse : pour le moment, tout s'annonce pour le mieux.
Le cinéma d'action me passionne : j'ai une immense admiration pour les films de McTiernan, Cameron, Tony Scott, Stallone, Schwarzenegger, les frères Wachowski (ma thèse et le livre portent sur le cinéma hollywoodien) ou, en Asie, pour Tsui Hark, Jackie Chan et John Woo. Split Screen m'a permis de me frotter au sujet à plusieurs occasions, lors de critiques sur John Rambo, Speed Racer, Sparrow de Johnnie To, ou de textes consacrés à Rocky ou James Bond.

Quelles revues (de cinéma) lisez-vous actuellement ? Comment les trouvez-vous ?

Je ne lis aucune revue de façon régulière mais, en bibliothèque, j'y pioche des articles en fonction de mes recherches.
A l'occasion de mon cours sur la critique, j'ai fait un panorama des types de revues et de textes qui existent actuellement. Il y a de bonnes choses mais c'est inégal : j'ai souvent l'impression que les critiques se limitent à quelques sujets qu'ils maitrisent, quelques réalisateurs que tout le monde admire déjà, et ne vont pas chercher plus loin. Il y a aussi beaucoup de préjugés, de jugements à l'emporte-pièce : le critique doit mettre en avant une sensibilité personnelle mais que cela ne l'empêche pas de construire une argumentation valable. Lorsque l'on fait ce métier, on ne doit pas se contenter de donner son avis (n'importe quel spectateur peut dire s'il a aimé ou non un film), on doit aussi l'expliquer, fournir une grille d'analyse permettant d'approfondir le film. Il y a une dimension pédagogique qui disparaît souvent dans la facilité ou les guerres d'égo.
J'étais abonné à Première puis à Studio durant toute mon adolescence mais je n'ai pas relu un numéro entier depuis cette période. Même chose pour Mad Movies que j'ai abandonné il y a quelques années, lorsque le style des auteurs m'a paru devenir grossier et arrogant. Je ne lis pas non plus Brazil, même s'il me semble que je partage plusieurs de leurs centres d'intérêt : j'ai là aussi un problème avec leur style.
Sinon, je me sens définitivement plus proche de Positif que des Cahiers du cinéma. Il y a à Positif une connaissance du cinéma hollywoodien classique et un goût de l'analyse esthétique qui sont importants pour moi, et puis sa rédaction a donné naissance à beaucoup moins de mauvais réalisateurs que celle des Cahiers. !
Même si je ne suis pas un inconditionnel d'Internet, je suis l'actualité sur Ecran Large et Excessif.com. Sinon, on peut lire sur L'Ouvreuse.net des analyses bien plus intéressantes que dans la majorité de la presse traditionnelle.

Quels sont vos projets pour cette année ?

Attendre patiemment la sortie des nouveaux films de Terrence Malick (The Tree of Life) et George Miller (Happy Feet 2 3D).

Propos recueillis par JLuc G, en avril 2011
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