Raphaël LEFÈVRE

L'art du cinéma n°61-62



L'art du cinéma n°57-60



L'art du cinéma n°55-56



L'art du cinéma n°53-54


L'art du cinéma n°50-51-52



L'art du cinéma n°38



L'art du cinéma n°32-33-34



L'art du cinéma n°21-22-23


L'art du cinéma n°18

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Au lycée, j’ai suivi une option facultative cinéma-audiovisuel. C’est aussi au lycée que j’ai commencé à écrire sur des films, encouragé par ma prof de philo qui souhaitait créer un site internet de critiques de films par et pour les lycéens (Cinelycee.com, devenu depuis Cinechronique.com ). Après mon bac L, j’ai intégré la prépa « Ciné-sup » au lycée Guist’hau de Nantes, avec pour objectif la FEMIS. Pensant d’abord passer le concours en section réalisation, j’ai changé d’avis en me découvrant une passion pour le montage. Ayant échoué au concours, j’ai poursuivi mes études à l’université Paris 8 à Saint-Denis. J’ai obtenu une licence, puis un master en théorie, Histoire et esthétique du cinéma. Après quoi j’ai retenté et réussi le concours de la FEMIS, où je suis aujourd’hui en 3e année. J’ai donc toujours navigué entre la théorie (écrits universitaires d’une part, critiques de l’autre) et la pratique (un peu de tout, mais surtout du montage).

Vous êtes aussi l’auteur d’un mémoire consacré au ‘lyrisme prosaïque dans les films entièrement chanté de Jacques Demy’? C’est sur l’exaltation de la banalité chanté ou une ode à la simplicité musicale retrouvée?

C’est plutôt sur l’exaltation de la banalité chantée. Plus précisément, je me suis intéressé, dans Les Parapluies de Cherbourg et Une chambre en ville, aux fortes tensions entre le prosaïsme, voire la trivialité (des mots, des situations), et le lyrisme, l’aspiration à un romantisme qui ne s’accomplit jamais parce qu’il s’agit au fond d’enchanter le réel sans jamais le quitter. C’est une analyse des effets d’étrangeté, voire de ridicule, que ces tensions suscitent et de la portée émotionnelle, morale et même politique de cette proposition esthétique.

Comment s’est passé votre ‘entrée’ dans la revue ‘L’ART DU CINEMA?

Il se trouve que le directeur de la revue, Denis Lévy, était mon directeur de recherches. Comme il préparait un numéro sur la musique au cinéma, il m’a tout naturellement proposé d’y écrire quelque chose. J’ai donc commencé à assister aux réunions de la rédaction, où l’on discute des films sortis, des thématiques des prochains numéros, des films anciens qu’on peut convoquer pour les faire dialoguer avec ceux du présent. Puis j’ai proposé mon article « Du chant avant toute chose », qui est à la fois un résumé et une prolongation des réflexions de mon mémoire sur Demy. Depuis, j’y ai participé à une table ronde autour du film The Host de Bong Joon-ho dans le numéro sur l’actualité des genres, mais la FEMIS ne me laisse pas le temps d’écrire un article de fond. Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque…

Collaborez-vous à d’autres revues ou fanzines papier ?

Non, mais j’ai participé à un numéro de CinemAction sur Tod Browning, avec un article sur la cruauté dans ses films.

Vous participez aussi à l’aventure du site Critikat.com. Comment s’organise cette collaboration ?

Comme je l’ai dit, j’ai commencé à écrire sur Cinechronique.com au lycée, grâce à ma prof de philo. Puis, à l’université, j’ai rencontré Clément Graminiès, qui voulait créer un nouveau site de critique de films. C’est comme ça que je me suis mis à écrire sur Critikat.com. Depuis, j’ai abandonné Cinechronique et n’écris plus que sur Critikat. Mes goûts et mon approche du cinéma ont beaucoup évolué, et je crois pouvoir dire que je suis passé de la critique de films à la critique de cinéma (où partir des films est un moyen de parler un peu plus largement de l’art et de son rapport au réel). L’équipe de Critikat, assez nombreuse et constituée de bénévoles passionnés, de tous horizons, permet que chacun contribue à son rythme, selon ses possibilités. J’essaie de m’organiser comme je peux en fonction du temps que me laissent mes études. A la différence de L’Art du cinéma , où il s’agit de produire des analyses qui exigent une réflexion à long terme, un retour attentif et dépassionné sur les films pour en saisir précisément les opérations artistiques, la critique de films telle que je la pratique sur Critikat impose une contrainte immuable (la date butoir) tout en permettant une certaine souplesse dans l’approche des films ; elle laisse plus de place à la subjectivité, aux hypothèses fragiles, au risque de se tromper.

Le rôle d’internet et de ses blogs a-t-il un effet sur l’esprit de la critique ? Le développement d’internet est il un frein, un complément, une opportunité marketing ou la fin des revues papiers ?

Ce dont je suis sûr, c’est que, si l’on fait un peu le tri (car, évidemment, on publie tout et n’importe quoi sur internet) il y a des choses passionnantes qui s’écrivent sur les blogs cinéphiles – lorsqu’il ne s’agit pas simplement d’étaler sa petite vie et ses opinions, mais de construire quelque chose à mi-chemin entre l’approche de spectateur et le travail critique, où parler de soi et de son rapport aux films est avant tout une manière de parler du monde. On y trouve parfois une liberté de ton et de style qui tranche avec la critique traditionnelle. Il y existe même une « critique de la critique », parfois nauséabonde mais des plus salutaires. Alors oui, internet a certainement permis un appel d’air, un désenclavement de la critique institutionnelle (tout au moins d’une partie, car je crains que les effets en soient malgré tout très restreints en termes de rayonnement culturel et médiatique). Je ne crois pas qu’internet signera la fin des revues papiers. Paradoxalement, même si internet permet d’être lu, potentiellement, par un nombre beaucoup plus élevé de personnes, le papier garde une aura, un prestige peut-être un peu désuet, mais auquel je suis sensible. Reste qu’au final, l’important n’est pas le support mais la qualité du texte. Je garde souvent trace de textes trouvés sur internet et qui me paraissent plus pertinents que ce que j’ai pu lire sur papier. Je ne peux donc que souhaiter qu’internet et papier se nourrissent l’un l’autre à travers des tensions, des oppositions, des ponts…

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fière.

Je suis assez fier de mon article sur Demy : c’est celui qui a mûri le plus longtemps, et donc où je regrette le moins d’avoir écrit des bêtises ou des tournures de phrases ampoulées ! Plus sérieusement, même si les critiques que j’estime reconnaissent la force du cinéma de Demy, ce dernier n’est pas toujours pris au sérieux ; il me tenait donc à cœur de montrer que c’était un cinéma inventif et tout sauf niais, passionnant d’un point de vue plastique et sonore, mais aussi social, politique, langagier, métaphysique et sexuel…

Propos recueillis par JLuc G, en novembre 2009
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