Journaliste dans le secteur humanitaire, Geoffroy Caillet se passionne depuis 15 ans pour le cinéma italien des années 50. A l'occasion de son premier livre "Un belge à Cinécitta", préfacé par Jean A.Gili, il répond a nos questions.
Quel est votre parcours de journaliste et critique ?
Je suis journaliste dans le milieu humanitaire, rédacteur en chef d’Enfants du Mékong Magazine depuis quatre ans (cf. ci-dessous).
Le passage à l’écriture sur le cinéma reste une nouveauté pour moi.
Et elle est surtout le fait d’un cinéphile qui s’est mis à écrire…
Dans quelles autres revues de cinéma avez-vous collaboré ?
Je réalise des portraits d’acteurs français et italiens des années 50 pour Les Gens du cinéma
(www.lesgensducinema.com), site alimenté par des bénévoles.
J’ai aussi publié récemment des articles dans
Positif
en hommage à l’actrice Eleonora Rossi Drago et au scénariste Ennio De Concini.
Vous venez de sortir un livre : Un Belge à Cinecittà, chez CLD Editions. De quoi s’agit-il ?
Cet ouvrage est le fruit d’une rencontre, d’une retrouvaille plutôt car je suis parti à la recherche de mon interlocuteur :
Jean Blondel, Belge qui, après avoir été dix ans critique cinématographique à La Libre Belgique, fit carrière en Italie à partir
de 1953 comme assistant réalisateur d’Alberto Lattuada (et occasionnellement de Luigi Zampa, Raffaello Matarazzo, Jean Delannoy)
et comme scénariste et traducteur de scénarios pour les coproductions franco-italiennes.
Avec Lattuada, Jean Blondel a notamment travaillé sur La spiaggia (La Pensionnaire, 1953) et Guendalina (1956),
les deux films par lesquels je suis « tombé » dans le cinéma italien des années 50.
Des comédies de mœurs à l’image de leur réalisateur et de leur époque : incisives, tendres et voluptueuses.
En bon cinéphile, j’ai cherché à en savoir plus sur ces films et sur leur tournage.
Comme je le précise dans l’introduction de ce livre, il entrait beaucoup de nostalgie dans cette démarche.
Malheureusement Lattuada venait de mourir (2005) après plusieurs années de maladie d’Alzheimer et les acteurs
avaient soit disparu eux aussi, soit étaient introuvables. J’ai alors repensé à ce nom francophone au générique
des deux films, comme assistant réalisateur et scénariste. Et j’ai entrepris, à partir de ce seul patronyme,
de retrouver la trace de Jean Blondel. Ma recherche s’est avérée fructueuse et je me suis retrouvé quelque temps
plus tard à Rome pour une première interview face à un charmant interlocuteur de 88 ans, tout étonné d’avoir été
ainsi « retrouvé »…
Ce que raconte Jean Blondel dans ces entretiens, c’est l’ambiance d’une époque fabuleuse, les années 50 et 60,
vécues à Rome dans le milieu du cinéma, qui connaît alors une vitalité et une variété exceptionnelles, notamment
grâce à ces coproductions franco-italiennes, montages financiers qui se traduisent au point de vue artistique
par des regroupements souvent réussis, sous le soleil de Rome, d’acteurs des deux côtés des Alpes.
Ce sont elles qui virent par exemple les débuts de Belmondo (que Blondel suivit sur le tournage de La Novice, 1960),
de Delon ou de Trintignant.
Homme modeste et d’une culture immense, Blondel raconte ses souvenirs au gré des films, des gens et des lieux.
Sans rechercher la théorisation, il raconte avec sensibilité et humour ce cinéma qu’il a connu, à proximité
de quelques-uns de ses grands noms.
Le livre fait ainsi défiler Charles Vanel et Françoise Rosay, Jacqueline Sassard et Martine Carol, Alberto Lattuada
et Carlo Ponti, Gina Lollobrigida et Raf Vallone parmi d’autres.
Les entretiens sont suivis d’un important recueil d’articles consacrés à des films italiens, rédigés par Jean Blondel
lorsqu’il était journaliste cinématographique à La Libre Belgique, ainsi que d’un synopsis inédit écrit pour
Simone Signoret dont il était un ami proche.
La préface est signée de Jean A. Gili, spécialiste s’il en est du cinéma italien, qui m’a fait l’amitié de
ses précieux conseils pour l’organisation du livre.
C’est votre premier livre ? Vous en préparez un autre ?
Oui, c’est mon premier livre.
Pour la suite, je me suis engagé avec d’autres rédacteurs dans un projet de dictionnaire des réalisateurs italiens, qui devrait sortir l’année prochaine,
et aussi dans la nouvelle édition du Larousse du cinéma sous la direction de Christian Viviani, également prévue pour 2010.
Un petit mot sur l’ONG Enfants du Mékong pour laquelle vous travaillez.
Il s’agit d’une ONG de parrainage scolaire pour les enfants d’Asie du Sud-Est : un parrain français paie la scolarité
d’un jeune Asiatique (Vietnam, Cambodge, Philippines, Laos, Birmanie, Thaïlande et sud de la Chine), lui offrant
ainsi la chance d’un avenir meilleur.
Nous avons fêté en novembre 2008 les 50 ans d’Enfants du Mékong, créée en 1958 par un dentiste français au Laos
et dont l’histoire a été modelée par celle de l’Asie, notamment à partir de 1975 avec la fuite des boat et land people
du Vietnam, du Cambodge et du Laos.
Aujourd’hui, nous aidons ces populations dans leurs pays, qui appartiennent à une zone mal connue en France bien
que très touristique aujourd’hui : l’Asie du Sud-Est, éternelle petite sœur de la Chine, et dont la croissance
rapide des années 80 fait souvent oublier qu’elle est encore une région d’instabilité où, à l’ombre de régimes
encore peu soucieux de justice sociale, se cachent de très nombreuses inégalités et des situations humaines
difficiles. Notre magazine vise à rendre compte de nos actions mais aussi à dispenser une information fiable
sur ces pays et axée sur les conditions de vie des populations.
Pas de lien a priori avec le cinéma… Sauf peut-être un : ces deux activités demandent passion et
désir de rencontrer l’autre !
Propos recueillis par JLuc G, en juin 2009
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