Yves ALION

2009



2005



2005/01



12/1976



1994/06



1992/11



1989



1985



1981



1979

Cela aurait pu être autour d'un café, mais la distance nous a obligé à correspondre par courriel. Mais c'est avec un réel plaisir que j'ai pu m'entretenir avec Yves Alion.

Quelles études avez-vous suivies. Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Bac D, ESSEC et DEA d'économie à Dauphine-Paris IX. Que du sérieux, donc. Mais pendant mes études à l'ESSEC, je me suis occupé du Cinéclub. Comme Cergy était une toute nouvelle ville nouvelle et que la vidéo n'était pas développée, il n'était pas difficile d'attirer de nombreux étudiants aux projections. Ce qui fait que nous pouvions montrer une centaine de films chaque année (pour une trentaine de semaines scolarisées). Un régal. J'ai ainsi eu le loisir de continuer à m'occuper de ce ciné-club pendant deux ans après l'obtention de mon diplôme. Jusqu'au jour où le directeur de l'école m'a convoqué pour m'inviter à faire place aux jeunes ! Mais j'avais alors déjà démarré mon travail à Ecran .

Vous avez été embauché dans la revue à ECRAN, en 1976… pour transporter les revues entre le siège et l’imprimerie ?

Tout à fait. Henry Moret cherchait un étudiant avec voiture. J'avais une 2CV et pouvais transporter 200 kilos de revues à la fois. J'ai donc été chargé de transporter des revues entre le stock principal (dans les sous-sols de l'université de Tolbiac), le bureau, l'imprimerie et les NMPP. Je devais également porter à la poste les revues en vente à l'unité et distribuer des invendus dans les queues des cinémas pour faire un peu de promo. Une belle occasion de constituer une première collection et de me lancer dans la lecture d'une bonne et belle revue.
J'ajoute que j'ai aussitôt commencé à écrire, compte tenu de mon expérience du ciné-club (les projections étaient annoncées par des articles que je me régalais à rédiger dans le journal interne de l'école).

Vous rappelez-vous de vos premiers articles pour ECRAN ?

Et comment ! Si je ne dis pas d'ânerie, mon premier papier concernait un porno, L'Obsédé sexuel, pour lequel je m'étais senti obligé de citer Antonioni. Mais dans le même numéro (décembre 1976, avec Missouri Breaks en couv'), je parlais également de LAile ou la cuisse, de Claude Zidi.
Le principe d'Ecran (comme de la La Revue du Cinéma) était de parler de TOUS les films, dès lors qu'ils sortaient en salle.
Je me souviens de mon premier entretien, avec Joel Séria, sur le tournage de Comme la lune. Avant de passer quelques mois plus tard deux heures chez Catherine Deneuve (un souvenir mémorable, d'autant que je n'ai jamais eu d'autres occasions de la rencontrer !)...

En 1979 « Ecran » fusionne avec « La Revue du Cinéma/Image et son ». Pourquoi, c’était un bien nécessaire ?

C'était indispensable. Cette fusion était un mariage amical entre deux revues. C'était aussi pour Ecran la dernière possibilité de sauver ce qui pouvait l'être. Autrement dit une vision non dogmatique du cinéma, un éclectisme réel et quelques plumes de talent.

En 1992 c’est la fin de la « Revue du Cinéma ». C’était pourtant une excellente revue.

Merci pour ceux qui la faisaient. Mais La Revue du cinéma volait de ses propres ailes depuis quelques mois (après que la Ligue de l'enseignement s'en était séparé) et sa viabilité économique n'était pas évidente. Si l'on voulait continuer à payer (un peu) ceux qui écrivaient, à proposer au lecteur un nombre de pages raisonnable avec un papier de qualité. Mais il faut ajouter que la fin de la Revue du cinéma a été précipitée par l'action d'un actionnaire pour le moins indélicat pour qui la survie de la Revue comptait moins que ses virées en hélicoptère (alors qu'il avait assuré sur la tête de ses enfants reprendre la Revue pour la faire fructifier au moment où il s'avérait que la SARL de presse que nous avions constituée allait dans le mur à plus ou moins long terme).

Le « Mensuel du Cinéma » a été une autre aventure cinématographique ?.

C'est clairement la suite de la Revue du cinéma, sans le titre puisque c'était légalement impossible. Deux ans de rab, avant que les lois de l'économie nous rappellent à davantage d'humilité. En fait c'est l'imprimeur de la Revue du cinéma qui avait eu un coup de coeur pour la revue et décidé de prolonger l'aventure. Ce qui lui permettait au passage de montrer à ses clients de quoi il était capable. Mais si j'ai bien compris, son banquier a fini par lui faire comprendre que cette danseuse était un peu chère.

Depuis 2000, vous êtes ‘rédacteur en chef’ de l’AVANT SCENE CINEMA. Parlez nous de cette revue. Comment le choix des films est’ il effectué ? Selon quels critères ?

L'Avant-Scène Cinéma existe depuis 1961, c'est une vénérable institution qui a connu bien des aléas et changé plusieurs fois de mains. Reste un axe qui ne varie pas: la publication du découpage intégral (plan à plan) d'un film. Depuis que je suis en charge, la revue se compose de trois parties. Outre ce découpage, un dossier aussi fourni que possible sur le film découpé (avec une interview du réalisateur s'il est encore de ce monde et différents papiers sur son cinéma ou sur le thème dont traite le film), et également des pages d'actualité. Une sorte de mini-Revue du cinéma, partielle bien sûr, mais qui permet d'aborder quelques sujets de façon un peu sérieuse (dans le sens où l'on se donne la place de parler de ce qui nous intéresse et que les entretiens avec un cinéaste ne descend jamais en dessous de plusieurs pages).
Pour ce qui est du choix des films, nous essayons de conserver un certain équilibre entre films de répertoire et films d'actu. Avec la tentation récurrente depuis quelques temps de travailler sur des films dont la sortie en DVD est accompagnée par un fac-similé de la revue à l'intérieur du boitier. Une noble façon de nous faire connaître. Ou de rappeler que l'ASC existe encore !

Quelles sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

J'ai évidemment des milliers de souvenirs, et j'espère que ce n'est pas fini.
J'ai été très heureux de travailler pour la télévision, lorsque j'animais les émissions de France Supervision. L'occasion de me rendre chaque mois dans un festival et de mettre (un peu) en scène ce que j'avais à dire.
Je suis également très heureux de travailler pour des festivals. Actuellement ceux de La Ciotat et de Macédoine, où j'ai le bonheur de montrer des films (français) que j'aime. Sans oublier bien sûr mon travail pendant dix ans à Cannes, à Un Certain regard, où j'ai pu rencontrer tous les cinéastes présents, du parfait inconnu venant du fin fond de l'Asie jusqu'à Al Pacino !
Mais si je ne devais garder qu'une "action", ce serait le livre d'entretiens réalisé avec mon ami Jean Ollé-Laprune: "Claude Lelouch mode d'emploi". J'aime les entretiens un peu fouillés. celui-là l'était: environ cent heures. Plus autant en compagnie du cinéaste à d'autres choses. Un vrai lien d'amitié s'est noué. Et l'occasion d'effectuer un travail passionnant avec un auteur véritable et sous-estimé.

Propos recueillis par JLuc G, en juillet 2009
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