Christophe BIER

Cinérotica n-1



Cinérotica n-2



Cinérotica n-3



Cinérotica n-4



livres: Nain au cinéma



Livre: EuroCiné



Livre: Andre Helena



Livre: Belinsky -Vol1



Livre: Belinsky -Vol2



Livre: Censure moi



Monster bis_Emilfork



Ciné zine Zone 89



Livre: Laya Raki



C'est en touche-à-tout du cinéma que le volubile et érudit Christophe Bier a bien voulu répondre à nos questions.
Vous pouvez le retrouver sur son site:christophebier.free.fr.

Pourriez-vous revenir pour nous, sur la trop courte aventure de Cinérotica.

Cinérotica était un projet très ambitieux qui n'était peut-être pas fait pour la presse. Son objectif était de constituer en 24 volumes une histoire intégrale du cinéma érotique et pornographique français, en excluant le volet vidéo (qui aurait quand même l'objet d'un volume hors série, histoire d'ouvrir les horizons). Et encarté dans ces magazines thématiques, abordant le sujet de manière historique et esthétique, il y avait - aussi en 24 volumes - le Dictionnaire des longs métrages érotiques et porno français en 16 et 35 mm.
Un dictionnaire donc, de A à Z, d'A bout de sexe de Serge Korber à Zob, zob, zob de Maxime Debest, soit plus de 1800 titres, parmi lesquels on pouvait aussi trouver des films comme Les Amants de Louis Malle, Et dieu créa la femme de Vadim, mais aussi Ah les belles bacchantes qui fut interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en 1954.
Initialement, un troisième élément, peut-être capital, était prévu mais écarté par l'éditeur : un DVD contenant un long métrage illustrant le sujet du magazine du mois. Je pense que Cinérotica se serait mieux vendu avec un DVD de ce genre plutôt qu'avec des petits strip-tease et bandes porno que nous proposions en VOD sur le net. Toutefois, même avec ce DVD, le pari restait risqué. Il fallait 8000 lecteurs pour que se soit rentable. D'autre part, sans forcément crier à la censure, Cinérotica a mesuré l'inertie de certains kiosquiers, leurs blocages et même la mauvaise volonté de certains. Dans quel pourcentage, difficile à dire, mais cela n'a fait qu'aggraver la situation de la revue. Il est avéré que certains kiosquiers ou buralistes ont carrément laissé dans les cartons les magazines. Parfois il fallait lourdement insister pour voir le gars aller en réserve et revenir avec le magazine. Beaucoup n'ont pas compris Cinérotica. Le mettre au rayon cinéma, même avec Viviane Romance en couverture du 1, leur paraissait impossible. Et plutôt que de le ranger en rayon " cul ", ils l'écartaient carrément. Des dépôts du diffuseur (MLP) n'ont pas toujours répondu aux demandes de livraisons d'autres kiosquiers qui réclamaient la revue. Il est évident que le monde de la presse en France va mal, que des acteurs de cette profession font très mal leur boulot et qu'il semble vraiment téméraire d'y lancer un produit plutôt atypique. D'autre part, pour que le tableau noir soit complet, il faut aussi dire que les kiosquiers vivent de plus en plus mal de ce boulot, que parfois ils subissent des pressions, des intimidations d'associations conservatrices qui font la chasse aux revues érotiques et porno qui sont "à portée de main des mineurs". La censure n'est plus officielle, elle est larvée, entrée dans les consciences, presque acquise. La société française actuelle est très sourcilleuse sur la protection des enfants qui est un parfait alibi, à mon avis, pour nettoyer la culture. Dernier exemple : un responsable de supermarché n'a même pas voulu étudier le contenu de Cinérotica. Rien qu'à l'énoncé de son nom, il a dit : " Cinérotica, vous n'y pensez pas ! Pas de ça dans nos magasins ! ".

Le dictionnaire des longs métrages érotiques et pornographiques français qui était distribué avec la revue devait normalement être composé de 24 volumes?

Oui. Mais finalement, il sortira d'ici un an à peu près sous la forme d'un beau livre illustré de plus de 1000 pages. C'est probablement moi qui l'éditerai avec un associé et nous le vendrons en souscription à un tarif attractif. Les lecteurs savent le sérieux de l'entreprise, ils peuvent donc souscrire les yeux fermés. Les autres se feront une idée grâce au site internet qui sera construit au moment du lancement de la souscription. Attendre sa sortie en librairie pour l'acheter, ce sera l'acheter plus cher et ne pas bénéficier des bonus proposés aux souscripteurs. Parmi ces bonus, il y aura surtout l'édition en DVD d'un porno français ultra rare qui surprendra plus d'un amateur. Je vous en réserve la surprise bientôt, mais c'est assez extraordinaire. Vous le voyez, en dehors des sentiers battus de la presse mais aussi de l'édition cinéma, c'est la voie de l'indépendance qui va être choisie. Les éditeurs contactés ont peur de ce dictionnaire car c'est un monstre de 1000 pages. Je préfère garder mon énergie à faire ce " labor of love " avec ma petite équipe plutôt que de la disperser à convaincre un éditeur et à me battre avec lui sur chaque détail. Un livre aussi particulier de ce dictionnaire a son public ; on peut en vendre 1000 exemplaires, c'est évident mais il faut le faire dans une indépendance totale. De plus en plus, je pense, l'édition de choses très particulières, n'ambitionnant ledit " grand (gros ?) public " se passera d'éditeurs classiques. Tout le monde peut éditer, trouver comme je m'y emploie son imprimeur et mettre tous les salaires en participation. Reste le problème de la diffusion qui nécessite de trouver des stratégies commerciales. La souscription est la formule la plus rassurante et là, le lecteur intéressé doit absolument le comprendre. Sinon… il n'aura pas le fabuleux DVD que nous lui réservons !

En 1998, Vous aviez déjà autoédité un livre: 'Les nains au Cinéma'. Parlez nous de cette expérience d'éditeur. Vous avez édité d'autres livres?

C'était un fanzine que j'avais fabriqué en format A5. Je voulais d'ailleurs faire ensuite dans un très grand format allongé un n° sur les géants. C'était de la fanédition. Après j'ai participé à l'écriture et me suis occupé de l'édition d'un autre fanzine sur le cinéma, très recherché maintenant, entièrement consacré à Eurociné, une boîte française spécialisée dans la série ultra Z comme La Maison des filles perdues, L'Horrible docteur Orlof ou encore Hommes de joie pour femmes vicieuses… tout un programme. C'était encore un travail de passionné, sur un sujet pointu, dans une présentation très soignée. Fait en impression numérique, 200 pages, en dos collé carré chez un imprimeur avec une couverture couleurs. On en a fait 400 exemplaires, tous vendus en 6 ou 7 mois pour le prix de 160 francs. C'était assez cher pour un fanzine, mais vous voyez, il a trouvé son lectorat sans problème. Il était plutôt unique en son genre. Au début, Eurociné ne l'a pas aimé. Ils n'étaient pas contents et finalement ils ont compris que le ton employé était une forme d'argument publicitaire pour mieux vendre leurs films. Après, Daniel Lesoeur m'appelait pour avoir des exemplaires pour ses partenaires à l'étranger ! Il a même adopté un jour une expression du fanzine pour qualifier ses productions : du cinéma zapping ! Encore maintenant, ils n'adhèrent certainement pas sur tout, mais ils ont bien conscience qu'on ne peut plus vendre avec la même naïveté qu'il y a vingt ans un film comme Train spécial pour Hitler. Il faut un certain discours critique, un recul. J'ai bien aimé le fanzinat parce que c'est un terrain propice aux expériences. On peut tout faire, et surtout les choses les plus excentriques ou les plus téméraires. Ce serait idiot de ne pas profiter de cette liberté. Donc ensuite, j'ai voulu rendre hommage à un affichiste de cinéma que j'ai rencontré à la fin de sa vie, Constantin Belinsky. Il avait 93 ans ! Il était dans l'annuaire… Il avait travaillé dans l'affiche de cinéma depuis les années 30. Il s'était spécialisé dans la série B, notamment pour les Films Marbeuf, Jacques Leitienne, Eurociné (tiens donc !), Inter Ecran. Bref, tout ce qu'on aimait : les péplums, les monstres japonais, l'épouvante, le karaté, l'érotisme, l'espionnage européen… Fantastique ! C'est lui qui avait dessiné l'un des modèles de La Fiancée de Frankenstein pour la Universal, ainsi que la plus belle affiche, 120x160, de La Créature du lac noir. Mais il avait aussi fait des compositions assez hallucinantes pour des titres oubliés comme Le Sadique de l'autoroute, un chef d'œuvre graphique ou La Loi des gangsters, avec un magnifique portrait de Kinski. Alors, pour faire ce fanzine, je me suis mis à acheter toutes les affiches que je trouvais intéressantes pour pouvoir ensuite les reproduire. A l'époque, vers 1998 je crois, Belinsky était le mal aimé. Les marchands se foutaient parfois de moi. Un jour dans une boutique, un type trouvant incompréhensible que j'achète une quinzaine d'affiches de Bélinsky décréta que j'étais de la famille. Un type qui achetait ainsi du Belinsky ne pouvait qu'être lui-même un Belinsky ! Je suis devenu à Paris pendant un an et demi " Monsieur Bélinsky ". Et vous savez, à ce moment, on pouvait avoir ces trésors pour parfois moins de 10 euros… On ne se battait pas ! Donc vient le moment du fanzine sur Belinsky. Il me semble impossible de parler d'affiches en faisant un truc en noir et blanc. C'était aberrant. J'ai donc fait ce qui doit être le premier fanzine de cinéma entièrement en couleurs, 60 pages de photocopies laser couleurs. J'ai fait un tirage limité à 50 exemplaires numérotés. Prix de vente : 300 francs. Je me souviens que Pierre Charles, qui faisait Ciné Zine Zone, a pris peur. Il m'a dit : " Tu es fou ! Tu n'en vendras jamais, c'est trop cher… " En moins d'un mois, tout était vendu ! Charles en avait pris un d'ailleurs… il voulait le n°6 ! Après j'ai fait un volume 2 avec d'autres affiches et des reproductions de gouaches préparatoires, toujours à petit tirage limité et à 300 francs. Tous vendus. Comme quoi, le prix n'est pas un tabou. Les gens savent très bien quand un truc est rare et que le prix est justifié. J'ai réédité le n°1 à 30 exemplaires, je crois. Dans l'édito, j'invitais les amateurs à faire la même chose sur Roger Soubie, sur d'autres affichistes. Mais l'expérience Bélinsky et restée unique en son genre. On m'en parle encore aujourd'hui, c'est devenu, comment dit-on déjà ? un " collector " ! Bélinsky avait été fou de joie de voir ces fanzines. Chaque affiche avait été professionnellement photographiée sur table aspirante, et la maquette avait été faite main en collant sur des feuilles d'authentiques tirages photos des affiches. Ensuite, j'ai édité un petit livre sur André Héléna, un auteur de polars. Ca aussi c'est épuisé. J'espère que le Dictionnaire connaîtra le même sort !

Vos collaborations sont multiples (Mad Movies, Double, Médusa fanzine…). Comment travaille un critique 'freelance' ?

Je ne sais pas trop. Je ne suis pas vraiment un journaliste comme mon ami Christophe Lemaire dont c'est le métier.
Je suis plutôt un touche-à-tout, comédien de formation ayant développé une activité professionnelle dans l'écriture un peu par hasard, grâce à ma passion pour la culture populaire. En fait oui, on peut dire que le fanzinat a été un tremplin non prémédité. Les Nains au cinéma m'ont fait connaître. Eurociné aussi. Mais les premiers textes que j'ai écrits, c'est Francis Kuntz, le gars de Grosland, qui me les avait demandés pour une revue de télé satirique et éphémère, plus éphémère que Cinérotica (trois n° seulement) : Quoi Télé. J'y parlais de cinéma. Les Nains au cinéma ont immédiatement intrigué. Cela faisait rire, ça changeait des fanzines sur le cinéma d'horreur gore. Bref, ça m'a agréablement catalogué comme un type un peu spécial, aimant les marges. C'est bien pour cela que je me suis entendu avec un roi de la fanédition comme Pierre Charles. Un personnage insensé qui est le créateur d'un fanzine unique, tant par son contenu, sa présentation que sa longévité. CZZ s'est en définitive interrompu avec la mort brutale de son créateur. De 1978 à 2000, il a poursuivi un rêve avec une constance rare. Tous les gens qui ont connu Pierre Charles s'en souviennent ! Quand il est mort, CZZ en était à son 136ème numéro. J'ai eu l'idée de faire un CZZ 137 entièrement consacré à son créateur, en reproduisant des extraits de ses numéros, en faisant une analyse complète de son parcours. Pour moi, Pierre Charles méritait un CZZ entier, comme il l'avait fait pour Howard Vernon, Gordon Mitchell ou Chelo Alonso. C'était un personnage incroyable. Quand j'aurai plus de temps, je reprendrai les notes que j'avais déjà rédigées et je finirai ce numéro hommage. La couverture, ce sera simplement un portrait de Charles. Faute de temps, je n'ai pas encore fait ce n° mais j'ai rédigé quelques pages pour une revue d'art contemporain assez confidentielle, du nom de Neverending. Au même sommaire, il y avait Mirka Lugosi, Pierre Bourgeade, des huiles de Kriki, des photomontages. Pierre Charles n'aimait pas ce genre de revue sur l'art contemporain, et pourtant, dans sa démarche artisanale de fanzineux, avec ses tubes de colles et sa machine à écrire (il n'avait pas d'ordinateur), il y était tout à fait à sa place. Je suis assez fier de cet article.
Mad Movies, j'y travaillais de temps à autres, surtout pour des nécrologies. Une fois, ils m'ont appelé : " Samuel Z. Arkoff est mort. Tu peux faire un papier ? Ici, personne ne connaît vraiment sa carrière… " Et puis, c'est le rédacteur en chef actuel, Fausto Fazullo qui m'a enrôlé depuis plus d'un an d'une façon régulière et qui a eu l'idée de " la caverne du Bier ". J'ai carte blanche, ou presque. Une fois, il n'était pas convaincu de la pertinence d'une caverne sur " José Benazeraf, cinéaste du fantastique ". C'est pourtant vrai quand on regarde Le Concerto de la peur, Cover Girls ou encore Le désirable et le sublime, Benazeraf a une vraie dimension fantastique. Ce qui m'amuse, c'est d'écrire à la fois pour Mad et pour Art Press ou Double qui est une revue de mode assez classe. Dans Double, François Cognard y a écrit quelques textes fabuleux.
Excepté pour Pierre Charles, j'ai très peu collaboré à d'autres fanzines. Médusa, il s'agissait juste d'une filmo, je crois. Sinon il y a l'increvable Norbert Moutier et son Monster Bis. J'ai fait pour lui un spécial Daniel Emilfork. Et quand il a fait ses numéros collectors, je lui ai proposé un dossier entier sur une quasi inconnue, Laya Raki. Lui connaissait car il se souvenait de Moana fille des Tropiques, un film de la Rank. Et il a toujours flashé sur les comédiennes à belle poitrine comme Laya Raki. Il me parlait toujours d'une obscure série B allemande dans laquelle elle jouait, La Vallée de la terreur, en Scope noir et blanc. Ca l'avait marqué. Alors, il a sauté, on peu le dire, sur Laya Raki. Et fut assez étonné d'en vendre plus d'une centaine, je crois bien. Les amateurs de bis aiment les jolies femmes. Et plus récemment, j'ai fait à Norbert un cadeau magnifique ! Je lui ai offert un numéro intégralement consacré au Mort dans le filet, un film culte pour moi, et à sa starlette la plus gironde, Barbara Valentin. J'ai toujours voulu faire cela moi-même. Mais Norbert a été patient et au moment où il ne s'y attendait pas, je suis passé dans sa boutique et lui ai dit : " Alors, le Barbara Valentin, ca t'intéresse toujours ? " Encore une belle poitrine… il a dit oui ! Il m'a aussi engagé dans ses vidéos comme Le Syndrome d'Edgar Poe.

Parlez nous de votre collaboration au sein des deux fanzines Ciné Zine zone et Destroy Monsters ?

CZZ ont vient d'en parler pas mal. Ma collaboration était aussi dans l'iconographie. Pierre voulait faire des numéros sur des belles actrices, lui aussi. Parfois, je lui fournissais toute une iconographie sur Karin Schubert. Après, il me suppliait d'écrire un texte et je n'en avais pas toujours envie. Les numéros sur Dominique Wilms et Marion Michael ne sont pas des commandes. Je les lui avais proposés. Tous les autres, Erika Blanc, Karin Schubert sont, me semble-t-il, des textes plutôt bâclés qu'il m'a arrachés dans le seul objectif de sortir un numéro bourré de photos et de pavés presse. C'est souvent l'image qui primait pour Pierre Charles.
Destroy Monsters, c'est un fanzine de mon copain Thierry Ledesma, un amateur de fantastique et de Godzilla très discret. Un grand passionné. Quand je veux lui faire un cadeau, je lui donne une fotobusta de Gappa, une semaine après je sais que je la retrouverai sur le mur de son salon. C'est un vieux complice qui a soutenu mes premiers pas dans le fanzinat. C'est lui qui a fait toute la maquette des Nains au cinéma avec moi. Sur son ordinateur avec un petit logiciel de mise en page. Et c'est surtout lui qui m'a supporté durant la longue, très longue maquette d'Eurociné. Du coup, il a eu le virus du fanzinat et a fait Destroy Monsters qui a eu, je crois, 5 ou 6 numéros. J'ai dû écrire quelque chose dans chaque numéro. J'avais une rubrique " vidéo snatcher " qui exhumait des bizarreries sorties en VHS. Dans un numéro, j'ai écrit un court texte sur Jean-Claude Rémoleux, le comédien fétiche de Jean-Pierre Mocky. C'est dire que Destroy Monsters est un fanzine assez atypique. Il a les apparences d'un fanzine classique de cinéma fantastique, et quand on l'étudie de plus près on trouve un texte sur Rémoleux, une étude complète sur la bédé Turok ; il lance des passerelles, c'est assez rare.

Vos penchants critiques sont hétéroclites, l'érotisme et le porno, mais aussi les séries B et Z, les affiches de cinéma … Ce sont vos seuls thèmes de prédilection (dans le cinéma) ?

On vient d'en citer un à l'instant : Jean-Pierre Mocky. J'ajouterai aussi dans la série B : la comédie désolante française, des films du genre les Malabars sont au parfum, Les Bricoleurs avec Darry Cowl et Francis Blanche, Y'a un os dans la moulinette ou des choses encore plus insondables comme Comment se faire virer de l'hosto ? Un autre thème de prédilection, ce sont les films de gorilles, plus précisément lorsque les gorilles sont joués par des hommes dans des peaux de gorilles comme dans Nabonga ou Bride of the Gorilla. Et heureusement qu'il n'y a pas que le cinéma !

Parlez nous de votre travaille de comédien et de réalisateur ?

Le travail de réalisateur est un prolongement direct de l'écriture sur le cinéma. J'ai tourné trois documentaires qui auraient très bien pu être des Ciné Zine Zone. Surtout le premier, sur la série B allemande. Le deuxième, eh bien c'était… Ce nain que je ne saurais voir ! Le troisième fut consacré à Jean Gourguet, producteur réalisateur indépendant du cinéma français des années 30-60. Je compte bientôt entamer le montage d'un quatrième consacré à Daniel Emilfork. Bref, je suis plus un documentariste qu'un réalisateur. Je n'ai aucune prétention à faire de la fiction. Pour cela, j'ai le métier d'acteur dont j'aimerais qu'il occupe plus de temps. Mon regret est de ne pas être sollicité par les réalisateurs qui sont dans la mouvance de la presse spécialisée, des anciens de Mad. Peut-être ne me connaissent-ils pas ? Je suis aussi assez discret, en définitive. J'ai juste eu l'occasion d'avoir un petit rôle amusant dans un épisode TV réalisé par Eric Vallette. Bon, en même temps, je ne sais pas ce que je pourrais faire dans le Rahan que prépare Christophe Gans, que je croise souvent à la Cinémathèque. Il prépare bien un Rahan, non ? Quoi que, avec mes cheveux longs, je pourrais avoir mes chances, un personnage comme William Berger dans La Guerre du fer de Lenzi ! J'allais oublier le court métrage de Stéphane Derdérian, A bras raccourcis. J'ai adoré car c'était très bizarre et j'y ai expérimenté la mort par éventration à coups de tampax magique avec flot d'hémoglobine ! Sinon, les autres ne me connaissent pas. Je me console avec deux direct-to-vidéo américains tournés par Donald Farmer et l'autre par Bill Hellfire, dans lesquels je donnais la réplique en anglais aux charmantes Misty Mundae et Tina Krause. Cela s'appelait The International Necktie Strangler et An Erotic Vampire in Paris. Reste aussi le théâtre qui est une expérience intense. Je devrais jouer en 2010 à Strasbourg dans une pièce de Raphaël Scheer, lequel me propose toujours des trucs étonnants. Cette fois, j'ai cru comprendre que je jouerai un type tellement fier d'être alsacien qu'il se travestit en Alsacienne. Il porte en lui son patriotisme, assouvissant peut-être à la même occasion des fantasmes plus troublants.

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

Ce serait bien présomptueux de répondre à cette question. Mais sans hésitation, je suis fier d'avoir réalisé les Bélinsky en couleurs du vivant de l'affichiste. Dans le même ordre d'idée, je suis assez fier du premier documentaire sur le producteur allemand Wolfgang C. Hartwig qui fut le producteur du Mort dans le filet. Il avait adoré mon film et m'a inventé chez Lipp ensuite avec sa femme, Véronique Vendell. Quand je les ai vu arriver, c'était un couple de cinéma, lui en parfait producteur à l'ancienne, très élégant, elle toujours pin-up en mini jupe sexy. En sortant, sa Rolls avec chauffeur l'attendait. Il me dit en désignant la voiture : " Ca, Monsieur Bier, c'est grâce aux Schulmädchen ! ". Et ils m'ont raccompagné. Les fastes de la série B ! En définitive, je suis surtout fier de pouvoir finir le Dictionnaire des films érotiques et pornos français. C'est le travail le plus ambitieux que j'ai entrepris, le plus exaltant car c'est aussi un travail d'équipe. J'ai vraiment hâte d'avoir ce livre en mains, de le montrer et de l'envoyer aux 6 ou 800 lecteurs qui auront souscrits à ce projet pharaonique. Après, j'enchaînerai avec l'Alsacienne de Raphaël Scheer ! Quelle belle année sera 2010…

Propos recueillis par JLuc G, en mars 2009
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Nota:
Lire l'entretien qu'il nous accordé en septembre 2010.