BRUIMAUD Marc

Octobre 2008 (n°4)



Eté 2003 ( n°4)



Novembre 2003 (n°23)



Novembre 2000 (n°130)



Janvier 1996 (n°78)



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C'est pendant sa convalescence que Marc Bruimaud a bien voulu répondre à notre entretien.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde de l’édition ?

Par le fanzinat vers la fin des années 70. À cette époque, il existait à Paris et en province des centaines de revues underground photocopiées ou ronéotypées dans lesquelles on pouvait parler de choses très diverses, SF, cinéma, télé, politique, poésie, etc.
J’ai publié mon premier article en 1978 (sur les téléfilms américains) dans une de ces feuilles de chou merveilleuses, Les Soleils d’Infernalia, que dirigeait à Lyon l’ineffable Jean-Marc Léger (dit Markus Leicht). J’ai toujours gardé la nostalgie des fanzines et il m’arrive encore de collaborer avec certains, comme Attentat grotesque à Strasbourg. J’y trouve souvent ce qui manque aux magazines professionnels : une vraie idéologie.

Comment êtes-vous devenu critique de cinéma ?

En envoyant des textes ou en faisant des propositions à des magazines et revues que j’appréciais ; ensuite, grâce à des rencontres avec plusieurs critiques exceptionnels qui m’ont fait confiance : en premier lieu Alain Carrazé lorsqu’il travaillait pour les défuntes Éditions 8ème Art, puis Christian Bosséno et Guy Hennebelle à CinémAction, les équipes de Vertigo, de La Voix du regard, et, bien entendu, JPP (Jean-Pierre Putters) quand il était aux commandes de Mad Movies et d’Impact.
Franchement, le milieu de la critique cinéma me semble assez ouvert aux nouvelles plumes – je le dis toujours aux jeunes qui me demandent comment faire pour publier : il faut avoir un petit stock de textes de « démonstration » et ne pas hésiter à les diffuser.

Un de vos premiers articles a été consacré à Lalo Schifrin (jazzman, BO de films des années 70), c’est un peu loin de vos préférences cinématographiques (gore, bis…).
D’abord, quelles sont-elles réellement ?

Schifrin a été une révélation pour beaucoup de gens de ma génération. Entre 1970 et 1980, des BO comme Bullitt, L’Inspecteur Harry, Charley Varrick, se distinguaient du tout venant par l’originalité de leur composition (souvent non mélodique) et l’incroyable force évocatrice de leurs ambiances. Idem à la télé : Mission : Impossible, Mannix, Starsky & Hutch… Quand Carrazé a constitué l’équipe du fameux livre sur Mission : Impossible paru en 1993, je lui ai proposé de travailler sur la musique de la série. En parallèle, l’excellent fanzine Main Title (Bruno Talouarn et Bruno Communal à Nantes) m’a pris des articles complémentaires sur Schifrin, lequel, ne l’oublions pas, a énormément écrit pour le cinéma de genre… Concernant mes « préférences », c’est vrai que je m’intéresse aux œuvres « extrêmes » (horreur, porno, etc.) qui me procurent mon content d’images inédites, mais je dirais plutôt que je tente d’attirer l’attention sur certains auteurs méconnus dont je juge la filmographie éhontément négligée. C’est ainsi que j’ai beaucoup travaillé, par exemple, sur Gerard Damiano, Paul Bartel ou Brian Yuzna, mais aussi sur des réalisateurs plus « classiques » (néanmoins sous-estimés) comme Robert Mulligan ou Edgar George Ulmer.

Vos collaborations sont multiples (Versus, Vertigo, Caméra-bis…). Comment travaille un critique ‘freelance’ ?

Au feeling, évidemment, et sans aucun a priori.
Il m’est arrivé d’être en contact le même mois avec une revue universitaire de la Sorbonne et Hot Vidéo, avec un fanzine ultra-gauchiste et Epok, le magazine de la FNAC. Chaque fois, il s’agissait avant tout d’une affaire de personnes. Récemment, j’ai rédigé avec un grand enthousiasme des notices du Dictionnaire de la Mort qui va bientôt paraître chez Robert-Laffont dans la collection « Bouquins », parce que le responsable de l’ouvrage, Philippe Di Folco, est un type formidable, extrêmement intelligent et sensible, qui va toujours dans le sens des auteurs. La conséquence principale de ce parti pris est vraisemblablement l’impossibilité d’être clairement identifié par un lectorat spécifique, mais tant pis.
Je préfère ça à être enchaîné aux contraintes immuables d’un seul magazine.

C’est parce que vous avez les mêmes goûts cinématographiques que vous avez beaucoup collaboré sur les revues de Jean-Pierre Putters (Impact, Mad Movies, Métaluna) ?

Les mêmes goûts et, là encore je crois, le partage d’une certaine idéologie (ou « morale ») liée à notre génération. Jean-Pierre, lorsqu’il dirigeait Mad Movies et Impact, prenait vraiment des risques sur le contenu de ses revues. Il construisait certains sommaires plus par passion que par calcul éditorial, il n’était pas dans la pensée libérale qui anime actuellement les magazines de kiosques. Quand il a vendu les deux titres pour prendre sa retraite, je n’ai eu aucune envie de faire du forcing auprès de la nouvelle équipe pour caser ma prose. Si je veux parler des pin-up du cinéma-bis, de George Pal ou des films de gorilles, j’écris désormais dans Métaluna ! En passant, c’est aussi cet esprit-là, un peu libertaire, qui m’avait poussé à collaborer par sympathie aux débuts du fanzine Versus.

Peut-on, actuellement, toujours vivre de ses articles ? Le monde de la critique évolue, la presse va mal, comment vous adaptez-vous ?

Je n’ai jamais vécu de mes articles. Je travaille dans une administration, ce qui me permet de ne m’exprimer que sur les choses qui m’intéressent et de renvoyer balader les rédacteurs en chef qui veulent caviarder mes textes. J’aurais eu l’occasion, une ou deux fois, d’intégrer des équipes parisiennes, mais je ne me voyais pas chaque matin me lever pour pondre de la copie au kilomètre. Je suis de toute manière intimement persuadé que lorsqu’on écrit, il vaut mieux gagner sa vie autrement, ça permet d’éviter les compromissions.

La série B, le cinéma-bis et les genres extrêmes tiennent une place dans votre œuvre. Quand vous voyez un film, vous demandez-vous quelle place il occupera dans le cinéma ou ce qu’on retiendra de lui dans 10 ans ?

C’est effectivement une de mes préoccupations, par rapport aux metteurs en scène.
J’ai horreur des catalogages et de l’ignorance qui préside à certains jugements ; c’est pourquoi j’essaie en permanence de valoriser des films que je trouve passionnants mais dont la critique parle peu ou mal parce qu’ils appartiennent à des genres réputés « mineurs ». Cette pseudo-hiérarchie est une aberration qui satisfait avant tout les bourgeois, les rassure quant à une forme visuelle consensuelle dont ils veulent garantir l’hégémonie.

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier ?

Je pense que j’ai écrit quelques articles qui sortent un peu du lot : celui sur Cassavetes dans Les Inrockuptibles qui me vaut encore des réactions enflammées dix ans après sa parution, ma notice nécrologique de Paul Bartel dans Mad Movies, mes analyses des pornos de Gerard Damiano dans Vertigo, Impact et Cinéastes, les notices pour Di Folco et son Dictionnaire. Sinon, mes interventions régulières en faveur de la série B sur le blog d’Objectif Cinéma. Enfin, les soirées de présentation de films du patrimoine au Lido, le cinéma Art et Essai de Limoges, avec l’association Cinécritique, qui prouvent qu’on peut encore amener les jeunes générations à apprécier des œuvres datant de plusieurs dizaines d’années.

Propos recueillis par JLuc G, en mars 2009
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