Julien DUPUY

Planet Hero




Score n°36




Score n°33




Mad Movies n°193




Mad Movies n°182




Mad Movies n°171




Mad Movies n°149




Mad Movies n°138




Steven Spielberg




Starfix n-17




Starfix n-17




Starfix n-05

C'est à l'occasion du lancement de Planet Hero, un nouveau magazine consacré aux supers héros, que Julien Dupuy s'est prêté gentiment au jeu des questions/réponses.

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

J'aime le cinéma depuis que je suis tout gamin et j'ai pondu mon premier court amateur à douze ans (c'était une émouvante adaptation de la nouvelle Livraison Matinale de Stephen King, avec des effets spéciaux entièrement réalisés à base de croquettes pour chat).
J'ai obtenu un Bac L3 option théâtre. J'aurais aimé suivre un cursus plus cinéma, mais c'était très dur d'accéder à ce type d'établissement quand on était en province (je suis né à Paris, mais j'ai grandi dans le Loir et Cher), et puis j'ai fait beaucoup de théâtre. Après le Bac, j'ai fait des études de lettres à Tours. Là encore, c'était pour des raisons pratiques en premier lieu, mais c'était aussi en partie un choix : je lisais tellement de trucs sur le cinoche, j'allais voir tellement de films, qu'il me semblait un peu superflu d'avoir un cadre scolaire pour approfondir mes connaissances dans le sujet, ce qui est un peu stupide et prétentieux d'ailleurs. Par contre, suivre ces études de théâtre et de lettres, me donnait un cadre plus fiable pour acquérir plus de culture générale. Et ça, c'est une chose dont je me félicite encore aujourd'hui.

Parlez nous du Steadycam.

J'ai suivi mes études jusqu'à obtenir une maîtrise de Lettres, mais avec un mémoire sur le cinéma dont le sujet portait sur ce que j'avais surnommé « Les Féeries banlieusardes » (de Rencontre du troisième type à Edward aux mains d'argent en gros). Pendant ces années, j'ai rencontré par l'intermédiaire d'un pote, Erwan Chaffiot. Erwan avait à l'époque des velléités de producteur, et nous étions toute une bande à Tours à essayer de faire vivre le cinéma de genre local. Nous avons monté une association qui organisait des nuits spéciales aux cinémas du coin, qui devait nous permettre de faire des courts, et puis Erwan a eu l'idée de monter ce fanzine, Le Steadycam. Numéros après numéros, le fanzine s'est étoffé, nous avons obtenu des entretiens avec Jan Kounen, Marc Caro, Patrice Leconte, Pitof alors qu'il réalisait les FX d'Alien, la résurrection à Los Angeles (c'était une exclu mondiale mine de rien), etc. Et puis, grâce à Kounen, nous avons obtenu les coordonnées de Mathieu Kassovitz qui, à l'époque, venait de s'en prendre plein la tête en France avec Assassin(s), et s'était exilé à Los Angeles où il développait des projets. Je crois que Kasso était heureux de parler avec des fans français, et ce qui ne devait être qu'un petit entretien de vingt minutes, s'est transformé en énorme interview de cinq ou six heures. A la même époque, Erwan et moi montions régulièrement à Paris voir des projos, parce que nous écrivions des critiques dans un petit hebdo gratuit tourangeau, CUT, et que nous avions une émission hebdomadaire sur une radio locale, Radio Béton. Nous en avons profité pour compléter cet entretien d'une interview avec Christophe Rossignon. Trois des membres du Steadycam, Thomas Maksymowicz (rédacteur en chef de COYOTE aujourd'hui, qui a aussi dirigé le magazine ASIAN PULP), Vincent Malausa (qui écrit désormais aux Cahiers du Cinéma) et Erwan ont aussi fait un entretien avec Nicolas Boukhrief. On s'est retrouvé avec un spécial Kassovitz, dont je suis encore fier aujourd'hui.

Vous étiez un lecteur du mythique STARFIX ? Comment êtes-vous arrivé à collaborer avec la rédaction de STARFIX NG ?

Je lisais plus Mad Movies que Starfix.
Et pour Starfix - Nouvelle Génération, quand notre numéro sur Kassovitz est sorti, nous avons été chroniqué partout. Même Studio, qui ne parlait jamais de fanzines, nous avait fait un papier. A la même époque, Erwan et moi étions monté travailler dans le dessin animé à Paris. Et Pièric Guillomeau, qui venait de reprendre la direction de STARFIX NG, nous a proposé d'écrire pour lui. J'ai encore beaucoup d'admiration pour Pièric en tant que rédacteur en chef : le comité de STARFIX NG était pour le moins hétéroclite, avec des personnalités fortes, mais Pièric est parvenu à conserver une vraie cohésion, un vrai sentiment de groupe. Je n'ai plus jamais rencontré ça ensuite. Par conséquent, plusieurs membres de l'équipe nous ont aidé, Erwan et moi, à nous installer dans le milieu, des gens comme Cyril Delavenne ou Christophe Lemaire. Le magazine était chaotique, on a tous fait beaucoup d'erreurs, mais on proposait une alternative parfois plaisante je crois, et je reste content de certains papiers (même si beaucoup me font honte).

De 2001 à 2007 vous collaborez à MAD MOVIES. Quels souvenirs en gardez-vous?

Quand STARFIX NG a fermé ses portes faute de lecteurs, Rafik Djoumi, que j'avais croisé plusieurs fois auparavant, m'a proposé de reprendre la gestion de la boutique Movies 2000 et de collaborer à MAD. C'était une époque étrange, puisque Jean-Pierre Putters venait de vendre le titre à Gérard Cohen, et que MAD passait mensuel. Je suis donc resté un mois à peine à la boutique, avant de rejoindre à plein temps la rédaction. Je dois avouer qu'après l'ambiance de STARFIX NG, j'ai pas mal déchanté. Je me suis rendu compte qu'il y avait plein de conflits, beaucoup de rancours, énormément de non-dits, bref l'ambiance n'était pas bonne.
Damien Granger a quitté son poste peu après que j'y sois rentré, et Vincent Guignebert a repris la direction du magazine. Vincent m'a confié pas mal de responsabilités, et durant ce laps de temps, nous avons embauché Arnaud Bordas, qui était venu nous déposer un petit texte sur Brian Aldiss et dont le talent était évident. Nous avons aussi fait le premier hors-série de MAD MOVIES, consacré à John Carpenter, et qui était correct. Mais après d'excellents résultats lors des numéros d'été, les ventes ont chuté à la rentrée (il faut aussi dire que les attentats du 11 septembre ont eu de violentes répercussions sur les ventes des canards de divertissement durant plusieurs mois) et puis, tout a pété lors de la sortie de La Communauté de l'Anneau : Vincent a brutalement démissionné, et Gérard Cohen m'a renvoyé parce qu'il ne me sentait pas en phase avec le reste de l'équipe. Comme j'étais le seul à faire des papiers sur les effets spéciaux, chose très réclamée alors par les lecteurs à l'époque, j'ai continué à écrire dans le magazine en tant que pigiste sous les ordres de Damien Granger qui appréciait mon travail je crois. Et c'est de l'extérieur que, peu à peu, j'ai retrouvé ma place dans le canard. Je me suis battu pour aller sur les tournages, des films français d'abord, puis des blockbusters ricains. C'est aussi à partir de là que je me suis rapproché de Stéphane Moïssakis et d'Arnaud Bordas. Je suis très fier de certains de mes travaux à Mad. Par contre, quand Fausto Fasulo a repris la direction du magazine, non seulement l'ambiance s'est dégradée de nouveau, mais de plus je n'aimais pas la nouvelle direction que prenait le magazine. Yannick Dahan, Arnaud Bordas et moi avons quitté le magazine à quelques semaines d'intervalle, plus ou moins poussés par Fausto Fasulo. C'était forcément un peu douloureux, mais je n'ai jamais regretté ce choix, ni pardonné à Fausto Fasulo la façon dont ça s'est passé d'ailleurs. Par contre, je suis très heureux d'avoir pu faire, grâce à Damien Granger, le hors-série Créatures et Créateurs consacré aux maquilleurs d'effets spéciaux, avant de quitter MAD MOVIES.

SCORE, avec deux parutions par mois a innové. Le rythme de travail devait être soutenu ? Pourquoi a-t-il disparu?

Je n'ai presque rien fait à Score, mais mes très maigres collaborations ont servi de prétexte à Fausto Fasulo pour me pousser à quitter MAD MOVIES. Vincent Guignebert y travaillait, et c'est lui qui m'a proposé de collaborer. Si je leur ai écrit trois articles, c'est vraiment le maximum. Je serais donc bien incapable de vous parler des conditions de travail sur ce titre.

En quoi consiste (consistait) votre rôle de 'Directeur de collection sur le cinéma de genre' aux Editions ATLAS ?

C'est grâce à Jérôme Wybon, ancien membre de STARFIX NG qui réalise plein d'excellents bonus pour les DVD aujourd'hui, pigiste à Mad Movies et auteur de l'excellent blog Forgotten Silver, que j'ai obtenu ce poste. Il s'agissait de classer, puis de diriger l'écriture d'encyclopédies scindées en fascicules autour de genres cinématographiques. J'ai pu y faire bosser mes amis et anciens collaborateurs, comme Pièric Guillomeau, Arnaud Bordas, Rafik Djoumi, Vincent Malausa ou Gabriel Rolain. Il y a des choses purement alimentaires, mais nous avons fait de bons numéros, notamment sur une collection Films de guerre. J'avais une super iconographe qui nous a trouvé des images rares de tournage. C'était souvent un vrai bonheur de se replonger dans ces archives. Avec Pièric et Arnaud, nous avons aussi fait une collection Lino Ventura, écrite en collaboration avec la fille de Ventura. Ca aussi c'était une bonne expérience.

Vous avez écrit pour d'autres revues ou fanzines ?

Pas pour d'autres fanzines, par contre j'ai écrit pour plein d'autres magazines, une vingtaine de titres différents peut-être. J'écris sur les tokusatsu (j'adore le toku et le kaiju eiga) pour le magazine COYOTE depuis une dizaine d'années. Grâce à Nicolas Rioult et Benjamin Rozovas (qui ouvraient dans les fanzines Phantom et TALES FROM THE B-MOVIES à l'époque où nous faisions LE STEADYCAM) j'ai un tout petit peu bossé à DVDVision. J'ai écrit d'énormes dossiers sur des blockbusters pour le magazine FILM dirigé par John Prate : j'ai fait jusqu'à dix entretiens par film, je suis même allé à Las Vegas et San Francisco pour rencontrer Shia LaBeouf, Michael Bay et les mecs d'ILM pour Transformers.
Dernièrement, j'ai fait un dossier énorme sur Avatar pour eux. J'ai aussi un peu bossé pour SERIES TV, avec des entretiens making-of de designers notamment sur Rome et Dr Who. J'ai pigé pour TRANSFUGE, DVDMANIA, Lucasfilm Magazine et j'ai pas mal bossé dans l'audiovisuel aussi, en réalisant plusieurs documentaires et en coréalisant le making-of du film d'Eric Valette, Maléfiques, avec Antoine Chuzeville qui est aujourd'hui au département Sport de France 3, etc..

Parlez nous de vos activités actuelles et de Planet Hero.

La presse papier me semble aller très mal. J'écris pour le magazine de MK2, 3 couleurs, depuis un an, grâce à Sandrine Marques. C'est très plaisant. J'apprécie beaucoup les gens avec qui je collabore, Auréliano Tonet et Etienne Rouillon. Dernièrement, j'ai commencé à signer des papiers pour leur site aussi. Mais en dehors de ça, je n'écris presque plus pour le papier. Je pige un peu pour EXCESSIF, le site cinéma de TF1, mais ça reste minuscule.
Planet Hero est un projet que m'a proposé Vincent Guignebert. C'était sympa parce que le sujet était cool et que j'ai pu y faire bosser mes potes habituels (Arnaud Bordas, Thomas Maksymowicz, Gabriel Rolain, etc.), mais les délais et le budget étaient durs à tenir. En plus de rédiger la majeure partie du magazine, je faisais office d'iconographe et de rédacteur en chef, bien que ces postes ne soient ni rémunérés, ni crédités. Et puis je crains que le magazine ne connaisse pas de numéro 2.
Aujourd'hui, je bosse surtout dans l'audiovisuel, sur des Blu-Ray, sur des DVD, et j'ai travaillé avec Empreinte Digitale, dont la société sour Capture The Flag a produit le film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher La Horde, sur des petits dessins animés qui présentaient des films sur Ciné Cinéma Famiz. J'ai adoré faire ce boulot, même si c'était dur et un peu ingrat. Il y a une chouette équipe à Empreinte Digitale, ce sont des gens biens.

Quelles sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

Déjà, travailler dans la presse n'a jamais été une fin pour moi. Je continue à être un grand frustré, je veux faire des films et ça fait bien trop longtemps que je n'ai pas réalisé de courts amateurs, notamment parce que j'ai travaillé sur plusieurs projets cinéma qui n'ont pas abouti. J'ai même été renfort sur les effets spéciaux de À l'intérieur. Tout ça pour dire que la fierté que je tire de mon boulot dans la presse reste, de toute façon, très relative. Je suis néanmoins content de deux trucs : le premier c'est que, malgré l'ambiance détestable qui peut exister parfois dans ce milieu et qui ne va pas en s'améliorant à mesure que l'industrie périclite, j'ai noué des liens que j'estime fort avec des collaborateurs qui sont aujourd'hui des amis. Je connaissais Thomas Maksymowicz et Gabriel Rolain avant d'être dans la presse, mais aujourd'hui je suis également très proche de gens comme Pièric Guillomeau, Stéphane Moïssakis, Arnaud Bordas, Stéphane Thiellement (qui bosse à SF Magazine, et qui a collaboré à MAD MOVIES et STARFIX NG) ou Vincent Guignebert, pour ne citer que les principaux. Ca, c'est quelque chose qui compte pour moi et chaque fois que je suis parvenu à travailler avec eux, c'était une vraie satisfaction. L'autre chose, c'est que je ne me suis jamais reposé sur le circuit officiel pour obtenir du matos. Je me suis toujours décarcassé pour aller chercher les gens directement, qu'il s'agisse de réalisateurs comme de spécialistes des effets spéciaux et rapporter des images et des entretiens exclusifs. Même sur PLANET HERO, il y a des entretiens que personne n'a eu l'idée de faire. Je pense au réalisateur malais des Cicak-Man par exemple. A part l'excellent Alain Bielik et son équipe de SFX, ou quelqu'un comme Gilles Penso, je ne crois pas que nous soyons nombreux à ne pas attendre qu'un attaché de presse vienne nous prendre par la main pour éviter que les lecteurs retrouvent l'entretien du même mec, en même temps, dans cinq canards différents. Plus récemment, je suis fier de tout ce que nous avons fait pour EXCESSIF avec Rafik Djoumi et Arnaud Bordas sur Avatar qui, pour moi, est dans la continuité d'un papier que j'avais écrit pour MAD MOVIES sur le Cinéma Virtuel et sur Le Pôle Express. Quand nous avons commencé à parler du film en juillet 2009, nous nous sommes faits traités de tous les noms par les internautes, parce que nous osions annoncer une révolution. Six mois plus tard, je peux vous assurer que le succès et les répercutions du film nous ont fait très plaisir. Et puis, ça m'a permis de serrer la pogne à James Cameron et de rougir comme un blaireau devant Sigourney Weaver!

Propos recueillis par Jean-Luc Gaignepain, en octobre 2010
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