FRODON Jean-Michel

Cahiers du Cinéma



La Critique de Cinema



Robert Bresson



Gilles Deleuze et les images



Le Cinéma et la shoah



Le Cinema chinois



Print the legend, Cinema et journalisme



Conversation avec Woody Allen



Hou Hsiao-Hsien



Projection nationale, Cinéma et nation



Cahiers du Cinéma



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Cahiers du Cinéma

Jean-Michel Frodon, a bien voulu répondre à nos questions et revivre pour nous, ces débuts de critique au Point jusqu'à sa fonction de Le Directeur de la publication des Cahiers du Cinéma,

Dès votre plus jeune âge, vous êtes 'baigné' dans le cinéma (votre père est aussi critique et journaliste). Pourtant, c'est un DEA d'histoire que vous passez et c'est vers la photographie que vous vous orientez. Vous n'aviez pas encore envie d'écrire sur le Cinéma ?

Non. J'aime le cinéma depuis mon plus jeune âge, je lis les Cahiers du cinéma depuis que j'ai 15 ans, toute mon adolescence j'ai vu autant de films que je pouvais, sans jamais penser en faire un métier - surtout pas celui de critique qu'exerçait mon père. [ndlr: Pierre Billard]
J'ai été éducateur durant dix ans, puis photographe, avant de commencer à écrire des critiques, de manière à la fois dilettante et alimentaire, en 1983, lorsque mon père m'a demandé de donner un coup de main à la rédaction du Point, où il était rédacteur en chef des pages culture, suite au problème de santé qui a empêché le principal critique maison d'alors, Robert Benayoun, de continuer à écrire.

Vous rappelez vous de votre première critique Cinéma pour Le Point ?

Oui, c'était une notule à propos d'un très mauvais film, australien je crois, qui devait s'appeler "Le Camion 2 ". A cette époque il y avait pas mal de sous-Mad Max, et les membres sérieux de la rédaction du Point ne voulaient pas voir des trucs pareils. Les textes plus amples, avec une ambition critique, sont venus un peu plus tard. Mais les entretiens avec les cinéastes m'impressionnaient davantage.

Après Le Point, vous entrez au journal Le Monde, l'été 1990. Quel est votre état d'esprit et votre envie, à ce moment là ?

Je ressens une grande fierté, et de la gratitude d'avoir été appelé dans ce que je considère comme le meilleur journal de France, grâce à la proposition de Danièle Heymann de rejoindre le service qu'elle dirige alors.
J'ai le désir de faire travailler ensemble toutes les manières de réfléchir au cinéma et de parler de lui, je demande et obtiens le rapatriement au service culture des aspects économiques (qui étaient alors traités par le service " Communication "), je demande et obtiens qu'on écrive sur tous les films qui sortent (il y en avait moins que maintenant), je demande et obtiens une attention considérablement accrue aux cinématographies du Sud qui sont en train d'exploser, en Chine, Corée, Iran, et aussi en Afrique noire même si dans ce cas hélas cela ne durera pas. Je découvre les possibilités extraordinaires dues au fait de travailler pour un grand quotidien, en termes d'accès aux informations et aux personnes comme d'impact des articles.
La rubrique " cinéma " du Monde obtient de plus en plus d'espace, après que je sois devenu responsable de la rubrique nous aurons jusqu'à 4 pages le mercredi pour les sorties plus un nombre significatif de papiers le reste de la semaine en fonction de l'actualité. Cette situation est extraordinairement stimulante, elle me mènera à être durant plusieurs d'années le journaliste du Monde qui écrit le plus de textes, même si je ne suis évidemment pas seul, le travail se faisant avec notamment à mes côtés Pascal Merigeau puis Jacques Mandelbaum et Jean-François Rauger, et sous la responsabilité de Josyane Savigneau et Olivier Schmitt.

En 1999, Les Cahiers du cinéma sont rachetés par le Groupe Le Monde. Charles Tesson en est le rédacteur en chef. Quand avez commencé à écrire pour 'Les Cahiers' ?

J'avais ponctuellement écrit pour les Cahiers au cours des années précédentes, mais je commence à y signer régulièrement en même temps que je deviens directeur de la rédaction en 2003.
Entre 1999 et 2003 je n'ai pas écrit dans les Cahiers, je n'étais intervenu, à la demande de leur directeur jusqu'à la fin des années 90, Serge Toubiana, que pour convaincre le patron du Monde, Jean-Marie Colombani, d'acheter les Cahiers au moment où ceux-ci avaient besoin d'un nouvel actionnaire. Au départ de S. Toubiana, JM Colombani m'a proposé la direction des Cahiers, que j'ai refusée - je voulais rester au Monde, j'avais déjà refusé la rédaction en chef de la revue à la fin des années 80.
Ce n'est qu'en 2003, à la suite de divergences graves entre la direction du Monde et celle des Cahiers, qui mettaient en danger ceux-ci, que j'ai accepté une nouvelle proposition de JM Colombani d'en devenir directeur de la rédaction. Les Cahiers avaient à ce moment deux rédacteurs en chef, Charles Tesson et Jean-Marc Lalanne, j'ai demandé à Charles Tesson (dont par ailleurs j'estime hautement le travail, l'érudition et l'intégrité) de quitter ses fonctions, il n'était pas possible d'être 3 à la tête de la revue.

Depuis 2003, vous êtes le Directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma. Avez vous le sentiment d'avoir insufflé une ouverture vers les cinématographies minoritaires… tout en gardant l''esprit Cahiers'

Les Cahiers ne m'ont certainement pas attendu pour s'ouvrir aux cinématographies minoritaires. Ils ont depuis longtemps prêté une grande attention aux " marges ", qu'elles soient géographiques, stylistiques ou même à la limite entre cinéma et d'autres modes d'expression. Mais j'ai le sentiment effectivement d'avoir, à ma manière, continué de faire souffler " l'esprit Cahiers " depuis 2003, sur cet aspect comme sur la curiosité critique à l'égard des formes au contraire très majoritaires, notamment dans les cinéma US et français. L'important est de continuer de comprendre ce qui se joue dans les choix de mise en scène, quel que soit le type de films auquel on a affaire.

Je suppose que le poste de Directeur de rédaction d'un mensuel et différent de celui de responsable de critique hebdomadaire, mais vos méthodes de travail ont elles changées?

Comme directeur de la rédaction j'ai beaucoup de tâches qui ne m'avaient jamais incombées comme critique, même si le processus de conception et de fabrication d'un journal, des prévisions à la maquette, à l'illustration, au secrétariat de rédaction m'ont toujours passionné. Mais le rapport au collectif est évidemment beaucoup plus prégnant comme directeur de la rédaction, de même qu'un certain nombre d'obligations administratives.
En revanche mon travail comme critique n'a pas beaucoup changé, sinon que les Cahiers offrent l'opportunité d'écrire (parfois) des textes plus longs que ceux qu'accepte désormais la presse généraliste.

Comment avez-vous vécu cette fin d'année 2008, avec la vente du titre au groupe d'édition d'art Phaidon ? Quel est l'avenir des Cahiers du cinéma ?

J'ai vécu la période récente avec un mélange d'espoir et d'incertitude.
Espoir parce qu'il était souhaitable que les Cahiers sortent de l'orbite du Monde, qui a trop de difficultés pour pouvoir accompagner les développements indispensables des Cahiers, et parce que Phaidon, de par sa solidité financière, la qualité éditoriale de ses publications, la détermination affichée par son dirigeant Richard Schlagman et son expérience internationale est l'option la plus prometteuse pour les Cahiers.
Incertitude puisque concrètement on ne savait pas, et on ne sait toujours pas au moment où j'écris, les formes précises que prendrait l'évolution des Cahiers dans la nouvelle période qui s'ouvre aujourd'hui.

Avez-vous collaboré à d'autres revues de cinéma ?

J'ai écrit à l'occasion des textes pour de nombreuses autres revues de cinéma, françaises et étrangères, mais je n'ai jamais eu de collaboration régulière avec aucune.

Parlez nous de votre association l'Exception

En 2000, j'ai réuni sous l'égide du Monde et de Sciences Po une association composée d'une vingtaine de personnes aux activités diverses (cinéastes, philosophes, enseignants, responsables d'institutions, critiques, économistes, sociologues) pour réfléchir ensemble à la situation du cinéma, à la manière dont il évolue, et aussi dont il aide à comprendre le monde actuel. Ce " think-tank " s'est réuni une fois par mois durant quatre ans avec beaucoup d'engagement de la part de ses membres, il a également organisé un séminaire élargi chaque année pour partager ses réflexions avec des professionnels et des décideurs, français et étrangers. Les travaux de l'Exception ont été émis en ligne www.lexception.org et publiés dans trois livres parus chez Gallimard, Le Banquet imaginaire, Voir ensemble et Le cinéma sans la télévision.

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

Je crois avoir pu, au Monde, donner durant plusieurs années une place importante pour le cinéma.
Je sais avoir contribué à aider à la reconnaissance de réalisateurs marginalisés par les grands médias, du fait de la radicalité de leur art et/ou de leur origine " exotique ". Il me semble avoir pu, à ma place de critique et de journaliste, jouer un rôle pour accompagner les grandes politiques de soutien au cinéma et en particulier à son enseignement en milieu scolaire ou hors de l'école. Il me semble que les Cahiers de ces dernières années ont accompagné avec acuité ce qui se joue de plus neuf dans l'écriture cinématographique comme dans les modes de rencontre entre les œuvres et les spectateurs. J'aime accompagner des cinéastes que j'admire et jouer mon rôle d'intermédiaire entre eux et des publics parfois a priori très éloignés d'eux (notamment à l'étranger). Pardon si cela fait beaucoup de motifs de fierté et semble bien immodeste, en fait je suis fier chaque fois que m'adressant aux spectateurs d'une salle ou aux élèves d'une classe, je ressens que j'arrive à faire partager à la fois l'émotion du rapport aux films que j'aime et les enjeux politiques qui sont selon moi à l'œuvre dans toute mise en scène. J'ai la chance que ce soit des sensations que j'éprouve souvent.

Propos recueillis par JLuc G, en mars 2009
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