Frédéric-Albert LEVY
( 24/03/1951 )

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L'entretien que nous a accordé Frédéric-Albert LEVY (dit FAL) nous permet de revenir sur une excellente revue des années 80, Starfix.

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Je suis agrégé de Lettres classiques, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud.
Je n’ai eu aucune activité en rapport avec le cinéma pendant mes études. Mais j’ai commencé à quinze ans à découper et à collectionner ce qu’on appelait à l’époque les "pavés presse", puis les affiches de cinéma proprement dites (on pouvait encore frapper à la porte d’un cinéma de banlieue et repartir avec des dizaines d’affiches), ce qui m’a amené à rencontrer d’autres collectionneurs, et, de fil en aiguille, des (jeunes) gens qui écrivaient pour des revues de cinéma.

Vous avez fait partie de l’aventure STARFIX ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

Pour résumer l’affaire en deux lignes : Starfix était un assemblage de gens assez différents, et qui n’avaient pas forcément les mêmes goûts, mais qui, pendant tout le temps qu’a duré l’aventure, avaient en commun une espèce d’élan qui fait que je ris quand j’entends aujourd’hui des débats sur le travail le dimanche. On pouvait décréter samedi qu’il y avait une réunion de rédaction le lendemain à 15h. Tout le monde était là. Je n’ai pas trouvé l’équivalent dans le milieu enseignant, où beaucoup comptent leurs heures et leurs demi-heures.
Il y avait en outre à Starfix, chez presque tous les collaborateurs, une tendance à plaisanter en permanence tout en prenant son travail très au sérieux. Je pense que les choses devraient toujours se passer ainsi et en tout lieu, puisque, comme l’a dit Montesquieu, "le sérieux est le bouclier des imbéciles", mais il y a malheusement beaucoup de gens très sérieux.

STARFIX a véritablement marqué une génération de cinéphages. A-t-on conscience de l’aura d’une revue quand on y collabore ?

Vous me permettrez de répondre un peu à côté de votre question, en citant la réponse que Georges Charensol avait faite quand Télérama lui avait demandé, dans une enquête sur la critique, pourquoi il exerçait ce métier de critique. Il avait simplement dit : «Pour mon plaisir».
Longtemps, j’ai trouvé cette réponse scandaleuse, son laconisme n’ayant d’égal que son égoïsme. Et puis j’ai fini par comprendre qu’elle était en fait extrêmement généreuse, dans la mesure où c’est en éprouvant soi-même du plaisir à faire quelque chose qu’on peut le plus probablement apporter du plaisir aux autres. Cette condition n’est évidemment pas suffisante, mais elle est nécessaire.
Dans le cas de Starfix, la question se posait sous un angle un peu plus aigu que d’habitude, dans la mesure où le type de cinéma qui était abordé, même s’il allait faire quelques années plus tard les couvertures de Première, était essentiellement populaire, donc généralement méprisé par les gens respectables. Affirmer que Rocky ou James Bond ou la Guerre des étoiles n’étaient pas seulement de pures distractions, c’était aider tout un public à ne pas se sentir coupable d’aimer ces films, et donc à avoir une meilleure opinion de lui-même, ce qui devrait être le but suprême de tout enseignement. (Oui, c’est le professeur que je suis qui parle ici. Et alors?)

Avez-vous collaboré à d’autres revues ou fanzine de cinéma ?

J’ai commencé ma carrière en écrivant dans la revue américaine Cinefantastique, dont le rédacteur, aujourd’hui disparu, avait un professionnalisme et une exigence que j’aimerais trouver aujourd’hui dans certains « grands » journaux ou magazines. Je suis assez fier de voir que le numéro spécial Alien, auquel j’ai collaboré, est devenu une pièce de collection.
J’ai écrit ensuite pour l’Ecran fantastique. Après quoi est arrivé Starfix. Enfin, il y a eu différents titres, qui n’ont pas toujours tenu très longtemps : le Cinéphage, Ciné-DVD-Vision, Xposé

Le rôle assigné à la critique a-t-il évolué (but, moyen, influence…) ? Comment le percevez-vous ?

Il est bien moindre aujourd’hui, du point de vue de l’information, puisque personne n’a besoin de lire des critiques pour découvrir qu’un film existe. Internet est là pour nous dire qui tient une hallebarde dans le coin de l’écran en haut à gauche à la trente-neuvième minute de tel ou tel film.
Mais, du coup, la critique a peut-être retrouvé un rôle plus pédagogique (enfin, c’est ce qu’il me plaît de croire). Voir par exemple l’importance donnée il y a deux semaines à la ressortie de The Molly Maguires de Martin Ritt. Il ne s’agissait pas tant de signaler l’existence de ce film (même s’il était passé assez inaperçu il y a quarante ans) que de s’interroger sur sa signification historique.

Vous collaborez actuellement au magazine Photo, et dans d’autres revues ?

Non, j’ai collaboré, il y a bien longtemps, au magazine Photo en fournissant un article sur les effets spéciaux (c’était mon grand cheval de bataille à l’époque), mais ce fut ma seule contribution.
J’écris assez régulièrement sur le site boojum-mag.net, essentiellement consacré à la littérature, mais qui ne dédaigne pas de parler cinéma quand un film s’inspire de tel ou tel livre ou entretient ne serait-ce qu’un vague rapport avec la littérature. Je profite de l’occasion pour exprimer mon regret de n’avoir rien écrit sur Giorgio Bassani et sur le Jardin des Finzi-Contini quand le film de Vittorio de Sica est ressorti il y a deux ou trois ans.

Le rôle d’Internet et de ses blogs a-t-il un effet sur l’esprit de la critique ? Le développement d’internet est il un frein, un complément, une opportunité marketing ou la fin des revues papier ?

Pour être parfaitement honnête, j’ai lancé un blog il y a trois jours. Mais il est bien trop tôt pour savoir s’il passera l’hiver (ou même l’automne).
En ce qui me concerne, j’écris pour Internet exactement de la même manière que quand j’écris pour du papier. Mais il faut dire que j’ai toujours été pathologiquement allergique à tout ce qui peut ressembler à des abréviations, à des familiarités, et je vérifie scrupuleusement l’orthographe et la ponctuation du moindre mail que j’envoie. Ce n’est pas que j’aie la naïveté de croire que j’écris pour l’éternité. Mais je pense que le souci de la forme est la première marque de politesse à l’égard d’un destinataire.
Sur la question des droits d’auteur, royalties (puisque vous parlez "d'opportunité marketing"), je n’ai absolument rien à dire, dans la mesure où ce ne sont pas avec mes modestes activités de critique que je gagne ma vie. Encore une fois, je fais cela pour mon plaisir. Tout le reste est littérature.

Quelle est actuellement votre actualité ?

Le site Boojum, comme je l’ai signalé un peu plus haut. Et une collaboration assez régulière avec la compagnie anglo-américaine de dvd Severin, chaque fois qu’elle ré-édite un film qui a de près ou de loin un rapport avec la France. Après la publication d’Inglorious Bastards (la version originelle) d’Enzo G. Castellari, elle va sortir bientôt encore un autre film de ce même réalisateur, Sur ordre du Führer. La copie qui va servir de base pour le master de ce nouveau dvd a été localisée en France par mes soins, puisqu’elle est, semble-t-il, en bien meilleur état que celles que les responsables de Severin avaient localisées aux Etats-Unis ou en Allemagne. Nous travaillons actuellement sur une interview de Patrice Leconte qui viendra compléter dans un bonus une première interview déjà publiée dans le coffret "The Patrice Leconte Collection".
Et puis il devrait aussi y avoir un bonus avec les dessinateurs belges Schuiten et Renard, que nous sommes allés interviewer cet été à Bruxelles, pour l’édition Blu-ray de Gwendoline.

Propos recueillis par JLuc G, en septembre 2009
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