Romain SUBLON

Cut n° 31




Cut n° 28




Cut n° 21




Cut n° 18




Cut n° 17




Cut n° 13




Cut n° 08




Cut n° 03




Cut n° 01

C'est avec beaucoup d'humour et de lucidité que Romain Sublon s'est prêté au jeu des questions/réponses.

Quels étaient vos objectifs à la création de CUT1?

Y avait-il seulement un objectif ? Sinon celui de survivre avec (malgré) ses idées, et les défendre, coûte que coûte. Celui de tenir en vie un gratuit qui refuse de vendre sa couverture pour un espace pub, qui refuse de se soumettre aux nouvelles règles (insidieuses) du publi-reportage et du journalisme qui se confond avec les métiers de la communication. Enfin, l'envie de proposer une revue gratuite qui ne soit pas un prospectus, mais qui soit le résultat du travail d'un collectif d'auteurs, de journalistes, d'illustrateurs, de photographes, de dessinateurs et de graphistes (il ne manque que les sculpteurs, les peintres et les bouchers-charcutiers). Donc oui, il y avait un et même des objectifs.

Quelles étaient les personnes à l'origine de cette revue et leur rôle?

A l'origine de CUT, il y a TRAVELLING qui était un fanzine "à l'ancienne", 1000 exemplaires d'une feuille A3 en noir et blanc et plié en deux. Nous étions alors 4 (Adeline Noffy, qui est la secrétaire de rédaction historique, Loup Juillet, Mister Orange) et très vite 5 (Hervé Thomas). Puis, Fouzi Louahem, dont les talents sont nombreux, nous a rejoint pour nous filer la main et s'occuper notamment de la mise en page. Avec lui, trois de ses connaissances nous ont rejoint (François-Xavier Taboni, Jenny Ulrich et Rino). On s'est alors dit : "Et si on faisait une revue de cinéma (ou un fanzine de luxe) ? 12 pages en couleurs, des photos, des dessins, des textes, des critiques, des analyses, une carte blanche et tout le toutim ?" Tout le monde a dit banco et CUT est né (grâce aussi à Mehdi Lafifi, un homme de l'ombre qui a su trouver les arguments au moment de passer le cap). Depuis, plus d'une trentaine de personnes ont participé à CUT et la fine équipe est riche de 18 Cutiens et CUTiennes.

Quelles sont vos collaborateurs actuels et leur rôle dans CUT?

Nous avons crée une association (Mon oeil! Oui, c'est son vrai nom : Mon oeil!) qui gère l'existence de CUT. J'en suis le président. Je suis également directeur de la publication et rédacteur en chef de CUT (en tant que bénévole). Adeline Noffy, notre secrétaire de rédaction, est notre unique salariée. Fouzi Louahem est le graphiste et Boyan Drenec s'occupe du site internet et du blog de CUT. Ils sont rémunérés en indépendants. Evidemment, toutes ces "rétributions" sont symboliques car nos moyens ne nous permettent pas de verser des salaires mirobolants afin d'acheter des yachts par dizaines. Tous les autres collaborateurs de CUT sont bénévoles.

Quels sont vos objectifs pour l'année 2008?

Vivre.

Pensez-vous que le fanzinat est une forme de contre-culture ou une obligation économique?

Hum, hum... Une contre-culture n'est-elle pas déjà le résultat d'une contrainte économique ? Disons que oui, nous agissons comme une contre-culture puisque nous nous opposons à une vision admise et imposée qui est celle-ci : tenir la main du lecteur/spectateur, ne pas le bousculer dans ses habitudes et surtout, le conforter dans ses connaissances (et donc sa cinéphilie). Nous essayons d'explorer le terrain de la curiosité, ce qui économiquement, est difficilement viable. "Un film doit être comme un caillou dans la chaussure" dit Lars von Trier. On essaye aussi d'appliquer cette prophétie à CUT. Et si nous sommes un fanzine, ce n'est pas par obligation économique. Notre difficulté à exister (même après 3 ans de présence) confirme que le fanzinat n'est pas LA solution.

L'édition d'un fanzine est une lourde tâche. Comment vous-y prenez-vous pour gérer la publication et vos activités professionnelles?

En se faisant confiance. Chacun a son rôle et chacun est autonome pour remplir sa "mission". Et puis, c'est pour beaucoup d'entre nous, l'occasion de jouir d'un espace de liberté et d'expression bienvenu.

Le développement d'Internet est il un frein, un complément, une opportunité markéting, ou la fin des fanzines de cinéma?

Je suis tenté de renvoyer tout le monde au n°-25 de CUT, qui tente de répondre à cette question. Je pense qu'Internet peut être une bonne opportunité mais elle peut être mal utilisée. Par exemple, la caméra est un bel outil qui peut faire de beaux films mais mal utilisée (par Fabien Onteniente, ou Emir Kusturica dans ses derniers films, par exemple), ça peut donner des films d'une médiocrité terrible. Avec internet, le danger est que la prise de risque est tellement faible (faire un blog ou un site n'engage à presque rien, financièrement ou moralement) que le propos peut se laisser aller à de grands élans de vacuité. J'ai longtemps été réticent à l'existence d'un site internet et d'un blog CUT (pour compléter la revue), j'ai finalement cédé (www.cutlarevue.fr) et je dois avouer que l'expérience est concluante (avec la création aussi d'une web radio, Cut la radio). Si les revues papiers (fanzines ou autres) venaient à disparaître, ce ne serait pas la faute d'internet mais du plus grand Mal culturel contemporain : la fainéantise. Je pense, pour finir, qu'il faut aujourd'hui être très vigilant et opiniâtre pour défendre la culture des fanzines et revues "papiers", qui est clairement menacée.

A combien d'exemplaire sortez-vous CUT? Celui pour lequel vous avez reçu le plus de plébiscite de vos lecteurs? Combien avez-vous d'abonnés?

CUT est tiré à 4000 exemplaires et il est distribué à Strasbourg (essentiellement), à Paris et Metz aussi. Je ne sais pas si un numéro a été plus plebiscité qu'un autre. J'en vois trois: le CUT -15 consacré à la sortie d'Avida de Benoit Delépine et Gustave Kervern (notre "parrain"), un autre consacré aux Navets (CUT -17) et enfin, un numéro hommage à l'OULIPO (CUT -20). Nous avons 10 abonnés (rappelons que CUT est gratuit) et 28 adhérents. Mais nous avons pas moins de 47 000 promesses d'abonnement.

Lisez-vous d'autres revues de cinéma et/ou des fanzines consacrés au cinéma?

Oui, et depuis longtemps. Ca va surtout par phases. En ce moment, je lis les Inrocks. Mais j'ai eu ma phase Cahiers du Cinéma, Positif, ou Trafic. Je ne lis pas d'autres fanzines, je n'ai pas trop cette culture (est-ce bizarre ?). Par contre, Première, Studio, Ciné-Live et cie ne m'intéressent pas du tout; ce sont des prospectus promotionnels qui ne font qu'entretenir la terrible mécanique des habitudes.

Propos recueillis par JLuc Gaignepain, en décembre 2007
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Nota:
1_En avril 2011, il nous accordera un autre entretien.