LOGETTE Lucien
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Septembre 64

Lucien LOGETTE, rédacteur en chef de JEUNE CINEMA, a bien voulu répondre à nos questions, avant de participer au comité de sélection pour le festival de Cannes 2009.

Comment êtes vous devenu critique de cinéma ? Quel a été le sujet de votre première critique ?

Comme tout le monde, par hasard - qui rêve de devenir critique ? J'ai fréquenté très tôt, dès 16 ans, la Cinémathèque, à coup de trois films par soir. Ensuite, Jean Delmas a été mon professeur d'Histoire en Terminale, et lorqu'il a créé Jeune Cinéma en septembre 1964, il m'a proposé de collaborer à la revue ; je n'ai mis que 15 ans à me décider, le temps de voir quelques films de plus. Ma première critique : Les héros n'ont pas froid aux oreilles de Charles Nemes.

Parlez nous de l'histoire de la revue JEUNE CINEMA.

Elle a donc été fondée à la rentrée 1964, par Jean Delmas, qui était le président de la Fédération des Ciné-Clubs de Jeunes, la Fédération Jean-Vigo. Elle était conçue pour servir de liaison entre la Fédération et les ciné-clubs de lycées, alors très nombreux, mais pas seulement.
Objectif : faire connaître des cinémas étrangers à l'époque mal ou non distribués (cinémas tchèque, polonais, italiens, etc.), que la Fédération proposait dans son catalogue. Format plus petit que les autres revues, noir et blanc, pas de publicité : le format a un peu grandi, les 40 pages sont devenues 76, mais les caractéristiques initiales sont toujours respectées. En particulier, traiter dans Jeune Cinéma de ce que les autres revues ne traitent pas.
Jean Delmas est mort en 1979. L'équipe qui l'entourait depuis la création a continué le travail dans une direction identique - preuve de continuité : certains rédacteurs, Andrée Tournès, René Prédal, Bernard Chardère (qui a donné le titre) collaborent depuis le n° 1, ce qui est rare pour une revue de cinéma. Andrée Tournès a été rédactrice en chef entre 1979 et 1991, avant que je ne la remplace (elle est maintenant directrice de publication).

Vous y êtes l'actuellement le rédacteur en Chef. Comment concevez-vous la rédaction d'un article, d'une critique ? Comment travaillez-vous ?

Pas de réponse assurée. Dans le cas d'une critique d'actualité, il s'agit de donner envie au lecteur d'aller voir le film qu'on a aimé (la règle dans la revue est de ne traiter que des films que l'on aime ou qui nous semblent mériter qu'on en parle ; détruire un film, sauf exceptions, est un exercice trop facile, qui ne fait plaisir qu'à l'auteur de la démolition). Il n'y a pas de règles d'écriture, l'essentiel étant de faire passer l'émotion ou l'admiration et de les justifier ; chacun a sa technique, adaptée à ses moyens. Dans le cas d'une étude sur un auteur, dans laquelle on traite de films déjà sortis, l'analyse doit être différente, plus poussée, universitaire dans le bon sens (savante mais lisible).
Dans le cas d'un article historique (un auteur oublié, une période peu abordée), l'aspect informatif prime : donner les éléments d'une reconnaissance, permettre la découverte. Il y a encore suffisamment de chapitres inconnus de l'histoire du cinéma pour occuper quelques décennies de recherches.
J'ai vu presque tous les films, importants et moins importants, sortis ces cinquante dernières années, mais je sais que ce n'est rien à côté de ce qu'il reste à découvrir.

JEUNE CINEMA est un périodique qui a plus de 44 ans (exploit à signaler). A ces débuts, cette revue était associée aux mouvements des Ciné-club (Fédération Jean Vigo). Et maintenant, qu'elle sa destinée ?

Eh oui, les revues qui ont franchi le cap des (bientôt) 45 ans se comptent sur les doigts de la main - Cahiers du cinéma, Positif, Avant-scène du cinéma. Lorsque la Fédération Jean-Vigo a disparu, Jeune Cinéma a dû batailler pour survivre, ne pouvant plus compter que sur ses abonnés et ses acheteurs en librairies de cinéma (nous avons dû cesser d'être distribués par les NMPP, la distribution coûtant plus qu'elle ne rapportait). La revue y est parvenue depuis plus de quinze ans, en jonglant pour que chaque numéro paraisse, grâce au soutien de ses lecteurs. Sa destinée ? Tant qu'elle pourra paraître, elle paraîtra. Impossible de rien imaginer, l'avenir des revues, même les plus apparemment solides, étant imprévisible : qui pouvait croire, il y a cinq ans, que les Cahiers du cinéma seraient dans cet état ou que les Inrockuptibles supprimeraient 10 pages pour raison économique ?

Le rôle d'internet et de ses blogs a-t-il un effet sur l'esprit de la critique ? Le développement d'internet est il un frein, un complément, une opportunité marketing ou la fin des revues papiers ?

Certainement. Mais je ne crois pas qu'il s'agisse d'une évolution de l'esprit lui-même. De la technique, oui. Il y a un changement notable, celui de l'immédiateté : plus de délais nécessairement longs - souvent trois semaines - entre la vision d'un film, l'écriture d'un article et sa publication. C'est désormais du flux tendu. Il y a cependant une différence, me semble-t-il, entre les revues sur site (iletaitunefoislecinema, etc.), qui ont simplement raccourci les délais, tout en offrant des critiques argumentées et des études sérieuses, et les blogs (pas tous heureusement et il y en existe de fort intéressants), qui sont souvent l'expression d'un ego dévorant, n'importe qui pouvant écrire n'importe quoi. C'est parfois drôle, parfois affligeant. Mais c'est au lecteur de faire son choix dans ce qu'il veut lire.
Un frein ? Je ne pense pas. Un complément ? Sans doute, et parfois fort utile. Une opportunité marketing ? Je ne fréquente pas suffisamment le réseau pour savoir ce qui se cache là-dessous. La fin des revues papier ? On l'a cru et redouté. Mais je n'y crois plus, en tout cas pour tout de suite. L'avantage de la rapidité a son inconvénient, qui tient au virtuel et à son aspect apparemment éphémère : pour tous ceux qui ont grandi avec le papier, celui-ci conserve un caractère "vrai", on ne peut pas l'effacer d'un simple clic. Même si l'archivage du virtuel est aisé, il n'est pas encore remplacé, dans les esprits : je feuillette avec plaisir un ancien numéro de Positif, qui permet une lecture vagabonde et enrichissante, je ne consulte un index virtuel que pour obtenir un renseignement précis. Que je sache, Le Monde, Libération, Le Figaro ne sont pas près d'abandonner la version papier. Rendez-vous dans 5 ans.

Parlez nous de votre travaille comme critique à la 'Quinzaine Littéraire' ?

L'optique est un peu différente de celle de Jeune Cinéma, puisque le lectorat n'est pas le même : non pas celui des cinéphiles affûtés, à qui on peut s'adresser sans préambule, mais d'un public beaucoup plus important, intellectuellement assez exigeant mais pas "spécialisé". L'actualité prime, mais sous toutes ses formes - film, livre, exposition, rétrospective, festival - et l'approche doit être plus large.

Comment êtes vous arrivé au 'Comité de sélection' de Cannes ? Comment cela se passe t'il ?

Depuis 2004, Thierry Frémaux, aujourd'hui délégué général du Festival, m'a demandé de faire partie du comité de trois personnes chargées de sélectionner les films français. Cela consiste à voir beaucoup de films - toute la production française entre novembre et avril, entre 120 et 150 films - et à proposer une liste dans laquelle il choisira les trois films de la compétition officielle et les trois d'Un certain regard.

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

Pas de réponse. D'ailleurs de quoi être fier ? Le rôle de la critique est un rôle d'appoint : défendre un film qui en a besoin lorsqu'il n'a pas les moyens publicitaires de le faire. Écrire que Woody Allen ou Clint Eastwood sont des génies n'a aucun intérêt, puisque tout le monde est d'accord.
Tenter de convaincre le lecteur qu'un film inconnu vaut la peine d'être vu et y parvenir - ça arrive - est une justification suffisante de notre activité. Il n'y a pas de quoi pavoiser, c'est la moindre des choses. Sinon, à quoi bon écrire ?

Propos recueillis par JLuc G, en décembre 2008
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