Rurik SALLE

Mad Movies n°220





Impact n°4





Mad Movies HS





Impact n°1





Mad Movies n°214





Mad Movies n°209





Mad Movies n°203





Mad Movies n°194





Asia Pulp n°4





Asia Pulp n°1





Ecran Fantastique n°275





Ecran Fantastique n°248





Toxic n°11





Toxic n°01

Malgrè une activité débordante, Rurik Sallé s'est prété aux jeux des questions/réponses. Toujours avec humour, il est revenu sur ses débuts de cinéphage et de 'hard-rocker'.

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

J'ai suivi des études de cinéma à l'Université de Paris 8, et un peu d'études de musique. Je dois bien avouer que les études m'ont toujours un peu fait chier, et je pense que l'essentiel de ma culture musicale et cinématographique vient d'expériences et de découvertes personnelles, en fait...
A la fac, j'ai fait des dossiers sur la lumière dans Ténèbres, des trucs comme ça, mais j'avais surtout envie de pratiquer, plus que de théoriser. La théorie c'est comme de parler de sexe, alors qu'une jolie femme vous attend dans la pièce d'à côté...
Pendant ma scolarité, j'ai écrit et réalisé des courts-métrages, et travaillé sur divers projets vidéo, et sur des bancs de montages old-school, des trucs d'époque avec deux grosses molettes, et l'image qui glisse régulièrement de quelques frames à chaque insert. Ca, c'était vraiment emmerdant, mais c'était aussi bien rigolo. Aujourd'hui, avec un truc comme « Premiere », tu fais en deux secondes ce qui te prenait des plombes il y a 15 ans. C'est beau, le progrès.

En 2007, vous entrez dans l’équipe de MAD MOVIES. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Un très bon souvenir, évidemment... La plupart des gens qui rejoignent la rédaction de MAD MOVIES sont d'anciens lecteurs assidus. C'est comme de se marier avec la top-modèle qui trône au dessus de ton lit pendant toute ton adolescence... Sauf que la top-modèle Mad ne prend pas de rides, elle! Au contraire: Mad évolue avec les années, et c'est une bonne chose. Le magazine est toujours resté un mag de son époque, ce qui est loin d'être le cas de tous.
Malgré une histoire parfois chaotique au fil des années et des équipes, Mad est avant tout une question d'affinités. Ca fait con comme ça, ça fait langue de bois, mais c'est vrai. Et c'est ce qui fait l'identité d'un grand magazine: l'équipe, l'esprit, l'atmosphère. J'ai fait partie 3 ou 4 ans de Hard n' Heavy, et c'était la même chose.
C'est très rare, dans un magazine. J'ai mis les pieds un paquet de fois dans des rédactions qui avaient de sacrées gueules de paniers de crabes... Avec les mecs qui se regardent de travers, les fausses amitiés, les léchages de culs... Pas joli. Des ambiances glauques, où personne ne se parle vraiment, personne ne se voit en dehors, où les gens restent « des collègues de boulot ». Ce genre d'atmosphère ne m'a jamais intéressé, j'ai toujours fui ces ambiances de merde. La vie est trop courte pour se taper des cons toute la journée! Quant aux égos mal placés, je déteste aussi. Un critique de cinéma ne fait pas de cinéma. S'il en fait, où s'il compte en faire, de toute manière ça ne sera pas dans le magazine. Qu'il garde donc ça en tête, et essaye de conserver la modestie qui doit être la sienne, malgré tout.
La passion est un élément essentiel pour faire partie de Mad : on n’y rentre pas parce qu’on connaît « les bonnes personnes », ou parce qu’on sort d’un magazine de « prestige ». Pour conclure, et même si tout n'est évidemment pas toujours aussi rose qu'on le voudrait, faire partie de Mad c'est aussi retrouver certains potes avec qui déconner, discuter. Ce genre d'ambiance se ressent dans le magazine. Il n'y a qu'à voir comment cette ordure de San Helving se fout tout le temps de notre gueule!

En quoi consiste votre rôle ? Comment s’organisait le travaille au sein de la rédaction ?

Mon rôle, comme celui des autres rédacteurs, n'est pas défini. Evidemment, chacun a ses terrains de prédilection, mais il n'y a aucune exclusivité. Mad a quand même une grosse équipe, une dizaine de rédacteurs, et tout le monde ne peut pas rédiger 15 pages par numéro... Il faut donc dispatcher les textes en fonction des disponibilités, des sujets, de l'enthousiasme... Ca, c'est le travail de Fausto, notre rédacteur en chef. Ca n'est pas évident, d'autant qu'on vient toujours le voir pour lui demander des trucs, et qu'il est bien obligé de faire un choix sur le mec qui s'y collera... Du coup, lorsqu'on n'est pas content, on a instauré une règle stricte: nous avons le droit de le fouetter, une fois par mois.
En ce qui concerne mes terrains de prédilection, je dirais que le pur Z, les ovnis filmés ou le cinéma asiatique sont des sujets que je traite souvent. J'aime les étrangetés, et les causes indéfendables, alors je suis préposé aux news qui concernent Uwe Boll, par exemple. Mais j'aime Uwe Boll, donc... Et puis je suis resté très longtemps en Asie, au Japon notamment, et j'y retourne régulièrement. Donc je traite aussi souvent du cinéma asiatique, qui me touche au plus profond. Il y a aussi les deux émissions vidéo hebdomadaires que je présente sur Mad-movies.com : La Semaine Cinémad le mercredi, et Panoramad le week-end. Pour ces deux modules, je choisis moi-même le contenu. C'est un travail passionnant, assez intense, mais je me fends bien la gueule.

Avec la même équipe, vous écrivez dans IMPACT. Pourquoi avoir redivisé les deux revues ?

En fait, Impact n'existait plus du tout au sein de Mad. Plutôt que de le réinsérer dans le magazine, comme c'était le cas à une époque, au risque de diminuer la partie « Mad », ou d'augmenter le nombre de pages, et donc le prix du magazine, il a été décidé de le faire réapparaître sous la forme d'une sorte de supplément de luxe, en fait un vrai magazine à part. Je trouve que c'est une putain de bonne nouvelle, même si j'aimerais, comme Cédric aussi par exemple, qu'Impact fasse davantage de pages. Mais déjà, les lecteurs old-school ont la possibilité de retrouver Impact en tant que tel, en tant qu'entité quasi-indépendante. Je trouve ça génial: on peut emmener Impact aux chiottes et lire Mad dans sa cuisine, en faisant frire des oignons.
Mad et Impact ont chacun leur vie, aujourd'hui.

IMPACT deviendra t’il autonome et vendu séparément?

Peut-être qu'un jour, Impact redeviendra un mag vendu séparément, mais la formule actuelle est déjà la plus proche possible du septième ciel.
Pour être honnête, je ne sais pas. D'ailleurs, personne ne le sait! Pour parler en termes purement terre-à-terre, la presse ne se porte pas terriblement, à l'instar du cd. Parmi tous les titres de magazines cinéma, Mad est le seul à ne pas se casser sévèrement la gueule. Les autres chutent souvent gravement, et parfois fusionnent pour tenter de tenir le coup. Du coup, et c'est incroyable, Mad Movies est aujourd'hui le troisième magazine français de cinéma, tous genres confondus. Alors que les deux premiers sont des généralistes! C'est fou. Malgré tout ça, relancer aujourd'hui un magazine comme Impact en kiosques, indépendamment, est sans doute une entreprise trop risquée pour un éditeur comme Custom Publishing, qui édite Mad Movies.
Tu sais, à l'époque de l'âge d'or d'Impact règnaient les "Van Damme", les "Arnold", les "Seagal", et aussi un peu les "Lundgren", et un peu moins encore les "Olivier Gruner", les "Gary Daniels". Et puis, au fil des années, les magazines grand public qui avaient choisi d'ignorer ces acteurs et ce genre de cinéma se sont mis à en parler aussi. En 1989, ça n'était pas dans Studio que tu allais trouver 4 pages sur Van Damme! Ni sur Jackie Chan, d'ailleurs. Il a fallu qu'il passe à l'ouest de manière financièrement convaincante pour ça. Au départ, si tu aimais ces mecs, il te fallait Impact. Au fur et à mesures que les choses ont changé, la spécificité d'Impact s'est amoindrie, alors que le terrain de Mad est toujours resté intouché par le reste de la presse. Du coup, Impact a fini par disparaître au profit d'un Mad plus fort. Et puis le ciné d'action a un peu battu de l'aile à la fin des 90's. Arnold s'est orienté vers la conquête de la Californie, Stallone est tombé en désuétude, Van Damme, qui adorait Impact, a perdu de son aura et devenait un phénomène de foire dans l'oeil du public écervelé (alors qu'il faisait ses meilleurs films), Seagal prenait du poids et disparaissait petit à petit des cinémas... C'était vraiment la fin d'une époque.
Aujourd'hui que des mecs comme Tony Jaa ou Statham sont apparus, et que Stallone a recommencé à botter le cul de tout le monde, Impact a de nouveau sa place. Mais pour l'instant, il restera sous forme de supplément de luxe à Mad, de semi-magazine indépendant. Il n'est pas exclu qu'il retrouve un jour le chemin des kiosques tout seul, mais vraiment, je n'en sais rien! Comme avec le disque, les habitudes des lecteurs changent, et nul ne sait vraiment à quoi ressemblera la presse dans 10 ans. Une seule chose est sûre: Mad Movies conservera sa place. Je ne me fais aucun souci à ce niveau!

Vous avez écrit pour d’autres revues ou fanzines ?

Oui, j'ai écrit pour un paquet de trucs, en fait... Avant d'être journaliste professionnel, j'ai créé beaucoup de fanzines. Le plus vieux remonte à mes 9 ans, quand j'avais des cheveux. Il s'appelait "Le Petit Chenapan Illustré", c'était un fanzine que je faisais avec mon père. Par la suite, j'ai créé d'autres fanzines comme "Le Phare Fouilleur", un truc que je faisais pendant mes années de collège. Ca traitait de tout et de n'importe quoi, et je faisais presque tout dedans, des articles aux dessins, à l'agrafage des pages. Je tapais le tout à la machine... Je me souviens d'ailleurs que mon chien, César, corrigeait mes fautes. Heureusement, je n'en ai jamais beaucoup fait.
Plus tard, j'ai participé à la création d'un fanzine appelé "Allo William Touille", autour d'un club de science-fiction au lycée, chapeauté par un prof, qui était surtout un ami. Ca n'était pas un truc de geek, comme dans les comédies américaines nazes, non. C'était surtout l'occasion de déconner entre potes, de sortir des conneries, de s'enfermer pendant deux heures entre fous, au milieu des autres fous. C'était quand même à St Denis, et ce lycée était assez space... Plus tard, à la fac, j'ai créé le fanzine "Margoulin". Je tenais vachement à ce fanzine, il était vraiment marrant. On pouvait traiter de musique comme de cinéma ou de politique, ou même dénoncer la connerie du dirigeant de la fac s'il y avait lieu de le faire, ce qui est arrivé. Et c'était le fanzine qui se vendait le plus dans cette université! Bon, en même temps, ça restait de petits scores: pas évident de bouger leur gros cul, à ces étudiants. Tu mettrais leur mère sur une affiche qu'ils la remarqueraient même pas! Non, je déconne... Ou peut-être pas.
En ce qui concerne la carrière « professionnelle » de journaliste « sérieux » avec une fiche de paye et des chiffres dessus, j'ai commencé par Toxic, deuxième période. J'ai appelé Alain Schlockoff dès la sortie de Toxic N°1 pour lui proposer d'écrire pour lui. Je ne connaissais personne, je n'étais envoyé par personne, et Alain m'a donné ma chance. Il m'a proposé de lui envoyer des textes, pour voir. Ca lui a plu, il m'a chargé d'écrire deux pages sur le cinéma asiatique dans chaque numéro de Toxic. Pensez bien que je suis devenu instantanément fou... Je n'oublierai jamais qu'Alain Schlockoff m'a fait débuter dans la presse. Il m'a fait confiance, et c'était un vrai cadeau.
Par la suite, j'ai aussi commencé à écrire dans L'Ecran Fantastique, où je suis resté 4 ans. Dans l'intervalle, j'ai écrit dans tous les Toxic jusqu'à la disparition du magazine, puis j'ai également intégré la rédaction de Hard n' Heavy. Un sorte de Mad Movies du metal, avec une équipe incroyable. Mais je vois une question qui s'y rapporte plus bas, alors je ne vais pas m'étendre dessus maintenant... Puisque j'oscille entre le cinéma et la musique, j'ai aussi écrit dans Rock Sound, Rock One, et Asia Pulp.
Aujourd'hui, je fais partie de Hard Rock Magazine, où je m'occupe de ma rubrique cinéma "Scream Screen" en plus de traiter du metal. J'écris aussi parfois dans l'Echo des Savanes, ainsi que pour PointGmagazine.fr, un site magnifique sur le graphisme, pour lequel je présente aussi la rubrique "vidéo Chronique du Graphisme Ordinaire".

Vous êtes rédacteur en chef de HARD N’HEAVY. Pouvez-vous nous parler de cette revue ?

En fait, je ne suis plus rédacteur en chef de Hard n' Heavy, car cette revue n'existe plus...
Une très mauvaise gestion des éditeurs a plombé les magazines Rock Sound, Hard n' Heavy et Punk Rawk, alors que ces deux derniers marchaient bien. L'éditeur a mis la clé sous la porte, et reste propriétaire des titres... qui ne peuvent donc pas sortir ailleurs. A moins que quelqu'un les rachète, mais les gens sont frileux. Neanmoins, Hard n' Heavy a été une aventure extraordinaire. Life-changing, comme ils disent au Kansas. C'était le plus grand magazine de metal français, en terme de ventes mais aussi en terme de qualité. La maquette, signée par mon pote Laurent Assuid, pdg de Point G, était magnifique, sans équivalent dans la presse metal hexagonale. L'ambiance était familiale. Tous les ans, on partait pour le Fury Fest, puis le Hellfest, notre pélerinage. Encore aujourd'hui, on s'y retrouve chaque année. Combien de rédactions de magazines peuvent prétendre la même chose? Ce qu'on a vécu avec Hard n' Heavy a été très, très fort. Pour ma part, j'y ai commencé comme simple chroniqueur de films avant de traiter aussi du metal, puis j'ai fini par devenir rédacteur en chef au bout de quelques années. C'était intense. Je travaillais presque 7 jours sur 7, je dormais 5 heures par nuit. En plus de Mad Movies, je m'occupais de Hard n' Heavy et je rédigeais une dizaine de pages dans chaque numéro! Je voyais chaque numéro comme une oeuvre d'art. Il n'était pas question de faire du consommable, mais de faire un magazine qui reste, un objet créatif. Avec un esprit, une âme, des plumes et un discours. Ca n'a vraiment pas duré longtemps, malheureusement: comme je l'ai raconté, l'éditeur qui avait racheté Hn'H a coulé rapidement. Mais ce magazine restera pour toujours dans le coeur de tous ceux qui y ont participé. Il faut voir le bordel qu'on a foutu dans les locaux de Cyber Press Publishing, avant dernier éditeur du mag, lorsqu'ils ont fermé. On a mis le bureau de Hard n' Heavy sens dessus-dessous. Tout renversé, tout cassé. L'apocalypse. Il existe des vidéos de cet enfer. C'était à la hauteur de notre amour pour le magazine!

Quelles sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier?.

Au niveau de la presse cinéma, intégrer Mad Movies est certainement le truc qui m'a rendu le plus heureux. Être lecteur du magazine, puis intégrer sa rédaction, c'est évidemment un putain de bonheur. Je pense que c'est le cas pour la majorité des membres de la rédaction, d'ailleurs. En tout cas, ça le devrait!
En ce qui concerne les articles en eux-mêmes, je garde une place spéciale pour l'interview carrière que j'ai faite pour Mad avec Anthony Hickox, et celle pour Impact avec Anthony Wong, que je considère comme un ami. Ces interviews sont les traces physiques de très beaux moments pour moi. Et puis, personne en France n'avais jamais publié 12 pages de conversation avec Wong! Je suis content, aussi, d'avoir pu écrire sur Sam Raimi dans le hors-série. Cet article m'a aidé à mieux comprendre ce que je pensais vraiment de lui, finalement.
Je suis aussi ravi de voir que les deux émissions que je présente sur le site de Mad fonctionnent très bien. Dans ces émissions, tous les textes sont improvisés. Les réactions des gens font vachement plaisir. Je m'efforce toujours d'être sincère dans ce que je fais, alors si en plus ça touche les gens... Bien sûr, la sincérité n'empêche pas de parler de bite, ou de dire des conneries... mais ça reste sincère!
L'une des choses dont je suis le plus heureux, en ce moment, c'est d'avoir composé l'intégralité de la musique du film muet La Conscience Vengeresse, qui sort bientôt en dvd chez Bach Films. C'est un film de 1914 de D.W.Griffith, tiré d'une nouvelle d'Edgar Poe. J'ai joué de tous les instruments, à l'exception du violon et du violoncelle, et cette bande son de 82 minute est certainement le plus gros travail musical que j'ai fait jusqu'à présent. Et ça, vraiment, c'est cool!
Je travaille en ce moment sur d'autres projets. Des choses sonores, mais aussi des choses visuelles... Je ne peux pas en dire plus aujourd'hui, mais vous en entendrez parler bientôt!

Propos recueillis par JLuc G, en juillet 2009
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