Norbert SPEHNER

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Marginalia n°10

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

J'ai fait des études en Littérature, à Metz, Nancy, Sarrebrück, avec une maîtrise en Lettres à l'Université de Montréal. Je n'ai jamais eu d'activités dans le cinéma.

Lors de ma préparation d'entretien, j'ai lu votre portrait sur Wikipédia. Il est impressionnant. Parallèlement à vos fonctions de professeur, vous avez toujours écrit.

Une des raisons pour lesquelles je suis resté au Québec, plutôt que de me taper à vie le Lagarde et Michard dans un bahut français (j'ai quitté en septembre 1968), c'est le fait d'avoir des conditions de travail exceptionnelles : 12 heures de cours semaine, possibilité de faire son propre programme, de donner des cours de science-fiction, fantastique et/ou polars, etc. Je disais parfois en plaisantant que mon boulot de prof, c'était mes loisirs. D'où la possibilité de faire autre chose, notamment de l'édition et de la critique. J'ai fondé et dirigé Solaris (qui existe toujours), publié plusieurs livres, écrit des articles dans toutes sortes de revues, etc. Je ne me suis jamais ennuyé !

Parlons de Marginalia, vous sortez le premier bulletin en novembre 1993. Quelle était votre ambition à cette époque.

Le but de l'opération était de donner une suite à mes différentes bibliographies des études sur les genres populaires. Je n'avais plus d'éditeurs et il y avait de plus en plus de livres sur la SF, le fantastique, le polar... Quand j'ai commencé, les études « sur » ou « à propos » des genres populaires étaient tout de même rares. Ça n'est plus le cas aujourd'hui, notamment à cause des « tie-ins » ou produits dérivés. Par exemple, il y a plus d'une centaine d'études et de pseudo-études sur le Da Vinci Code, de Dan Brown. Le moindre film un tant soit peu populalire, la moindre série TV, entraîne des tas de publications : l'album du film, le livre du film, la philosophie du film. Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Twilight, et autres phénomènes d'édition sont une manne pour les parasites... Ça devient difficile à gérer, il faut constamment être vigilant.

Après 64 bulletins trimestriels et les 15 hors-Série, vous avez toujours la même envie ?

Ça n'est pas une envie, c'est une passion... Un psychiatre trouverait probablement une explication hautement savante à ce désir compulsif de faire des biblios. Mais la recherche est une passion, ça ne s'explique pas et j'y trouve toujours autant de plaisir. Faire une belle biblio, n'est-ce pas mettre un peu d'ordre dans le monde ? A moins que ça ne soit un des ces trucs libidineusement freudiens...Qui sait ? Peu importe, j'aime ça...

Comment faites vous pour obtenir toutes ces précieuses informations ?

C'est une mécanique complexe, qui exige beaucoup de temps. La clé, maintenant, c'est l'internet. A la base, il y une quarantaine de catalogues de bibliothèques, de librairies internationales (Amazon, Decitre, etc.), de sites spécialisiés ou d'éditeurs que j'explore à partir d'une cinquantaine de mots-clés (science-fiction, western, fantastique, gothique, Lovecraft, cinéma, télévision, etc...). Je ne cherche pas à me vanter, mais pour faire cela, il faut une connaissance encyclopédique de tous les genres que vous couvrez. Et quand un titre pose problème, il faut parfois vérifier, contre-vérifier. Comme il est impossible d'éviter que quelques titres passent à travers les mailles du filet, je peux compter sur quelques correspondants qui m'envoient régulièrement des références. Leur collaboration est très précieuse car je ne suis pas infaillible. Je suis aussi abonné à plusieurs revues spécialisées ou non (Locus, Mystery Scene, Quill & Quire, Lettres québécoises, etc...) dans lesquelles je trouve d'autres infos. J'y passe un bon moment tous les jours. je suis constamment à l'affût, c'est devenu une seconde nature.

Vous collaborez à d'autres sites fanzines ou revues sur le cinéma?

Non. Je suis critique de polars pour plusieurs publications québécoises, mais aucune n'est spécialisée dans le cinéma. Il y a longtemps, dans une autre vie, j'ai collaboré avec 24 Images. J'y publiais la liste des études sur le cinéma...Encore des biblios !

Vous êtes à la retraite depuis 2004. Vous avez l'impression d'avoir plus de temps à consacrer à la littérature ?

Bien sûr...
L'avantage de la retraite, c'est que tu décides de ton horaire et de tes activités. Hormis quelques journées d'été où je vaque à l'extérieur, où je vais à la pêche, où je joue au guide touristique pour les membres de la famille en visite, je fais du 9 à 5 assez régulièrement. Et le soir, je lis... Ce qui laisse peu de place pour la télévision que je fuis comme la peste (because les pubs stupides, répétitives et abrutissantes). La TV est réservée au visionnement de westerns dont je fais une grande consommation, aux films de guerre et à certaine séries télé en coffret genre Deadwood (renversant !), Lost, Dexter, Rome, Foyle's war (une super série polar britannique) ou The Wire (un chef d'oeuvre !).

Quel sera le thème du prochain Hors-Série de Marginalia ?

J'ai commencé à rédiger mon prochain bouquin qui portera sur le roman western (une étude historique, thématique + guide de lecture). Du coup, il n'y aura pas de hors-série dans un avenir immédiat, faute de temps. Mais ce ne sont pas les sujets qui manquent. J'hésite : Tolkien ? Lovecraft ? Star Trek ? Le film policier ? J'ai du matériel en réserve pour une véritable encyclopédie internationale des études sur la littérature et le cinéma populaire.
Ce sera donc une surprise...

Propos recueillis par JLuc G, en avril 2010
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