Michel ELOY

Kolossal n°4





Peplum n°7





Kolossal n°3





Peplum n°6





Peplum n°5





Peplum n°3/4





Peplum n°2





Peplum n°1





Rome, 1ier siècle après J-C





Gladiateurs et amphithéâtres





Papyrus et Pop Art





Quo Vadis

Cet entretien avec Michel Eloy nous a permis de découvrir un érudit passionné et passionnant. Si le Peplum est son domaine de prédilection, l'histoire romaine à travers le cinéma et la BD sont ses sujets préférés.

Quelles études avez-vous suivies. Avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Humanités anciennes, comme on disait à l'époque. Je suis plus autodidacte qu'universitaire, même si j'ai l'air d'évoluer dans ce milieu. Mais qui se ressemble s'assemble, pas vrai ?
Pas d'activités cinématographiques, sauf quelques films fantastiques tournés en Super.8 avec des copains. On essayait de s'en mettre plein la vue avec les moyens dérisoires : comme à l'époque je pratiquais le parachutisme sportif, je me faisais parachuter dans les «Carpathes» pour aller exterminer le pauvre Dracula. C'était n'importe quoi : je nettoyais à l'éther le bras du vampire avant de lui faire une intraveineuse d'eau bénite. Pareil à Monsieur Jourdain faisant de la prose... disons que c'était de l'humour très... involontaire !

Racontez-nous la genèse de votre fanzine Peplum ? Quelle a été son évolution ?

Vers la fin des années '70, je regardais à la TV "Les Dossiers de l'Écran" d'Armand Jammot. On passait souvent des péplums, avec ensuite un débat animé par de distingués invités. Je me souviens d'y avoir vu notamment Pierre Grimal glosant sur Alexandre le Grand (celui de Robert Rossen) et aussi un diplomate iranien à propos de La Bataille des Thermopyles (Rudolf Maté). J'en ai tiré la conclusion que les péplums qui avaient enchanté mon adolescence et déterminé mon intérêt pour l'Antiquité méritaient mieux que le mépris dans lequel ils étaient généralement tenus (NDR: il raconte sa découverte de l'Antiquité à travers le péplum dans son site).
Les articles pince-sans-rire de Jacques Goimard dans Fiction, et le merveilleux Les classiques du cinéma fantastique de Jean-Marie Sabatier m'ont conforté dans cette idée. Je n'ai pas tardé à découvrir la boutique de George «Count» Coune, "The Skull", où j'ai commencé une collection d'affiches et de photos; puis en furetant dans ses rayons j'ai découvert des fanzines comme Mad Movies, première version (ronéo) de Jean-Pierre Putters ou Le Masque de la Méduse d'Alain Petit, ou Le Styx, de Thierry Ollive. Comme j'adorais écrire, j'ai décidé de faire de mien, Peplum.
Mon premier écrit cinématographique, et même mon premier écrit tout court, en dehors du cursus scolaire - la «composition française» étant sans doute le seul domaine où j'excellais -, fut en 1956, un résumé du Davy Crockett de Walt Disney : à l'encre rouge, et j'entends encore crisser sur le papier la plume Ballon emmanchée sur un plume d'oie... Désolé pour le dépôt légal : 1) Ce texte est resté inédit; 2) il y a prescription; 3) cet incunable a été perdu et, à mon avis, ça vaut mieux ainsi.

Qui a collaboré à ce fanzine ? Comment procédiez-vous ?

Principalement : Moi, Moi, dis-je, et c'est assez (CORNEILLE, Médée, I, 5). J'étais auteur-éditeur, en somme. Néanmoins, un ami d'enfance - Michel Lequeux, professeur de latin -, y a toutefois commis une excellente étude archéologique sur les décors du film Caligula. Une autre latiniste qui était venue chez moi consulter ma doc pour sa thèse de doctorat sur la République romaine au cinéma, Nadine Siarri-Plazanet, avait rencontré et interviewé Vittorio Cottafavi et m'en fit profiter; idem pour Laurent Aknin qui transcrivit celle de Freda que j'avais enregistrée lors du Festival du film péplum en Val-de-Marne (1983). Un autre correspondant, Fal - collaborateur de Starfix - au hasard de ses déambulations rencontra Françoise Blanchard et Antonio Passalia (Caligula et Messaline; Les Aventures Sexuelles de Néron et Poppée) et m'envoya la K7. Des opportunités comme ça. La plupart de mes amis ou correspondants étant prof de quelque chose - que serait le fandom sans l'intervention de représentants du «plus beau métier du monde» ? - je me suis assez rapidement constitué un carnet d'adresses intéressant.
Ma première exposition de documents cinématographiques s'est faite en milieu scolaire en avril 1980, grâce à des amis qui enseignaient dans cette Athénée (ça m'a fait entrer en contact avec, par exemple, la Fédération des professeurs de Latin-Grec - trente ans plus tard, j'en suis toujours «membre sympathisant»); et en 1986-1987 j'ai même, pour la partie «cinéma de fiction», collaboré à Mentor (Université de Liège), un projet de bibliographie informatisée de la religion grecque. Par la suite, j'ai exposé ma collection dans des galeries commerciales (Westland Shopping Center et Wolu Shopping Center, à Bruxelles, 1981), à la Bibliothèque municipale de Marseille (1981) sous l'égide de feu Jean-Claude Faur (Bédésup) ou dans le donjon du Château de Vincennes (1983) - j'en oublie, sans doute.
Actuellement, j'en prépare une autre pour les Musées de Lyon-Fourvières et de St Romain-en-Gal, prévue pour 2012 (avec prolongation sur Paris, Bordeaux, Rome, peut-être Bruxelles). Claude Aziza, mon complice de toujours, en est le commissaire.
Bref, si l'on a pu appeler «romans de professeur» les pédants romans historiques de la fin du XIXe s., j'en ai pris un peu le relais car, pour moi, dans l'expression «film historique» l'un et l'autre terme revêt une égale importance.

Quand et pour quelles raisons avez-vous décidé d'arrêter la publication de fanzines et de créer le site www.peplums.info?

Des tas de raisons se sont conjuguées. Je ne vais pas toutes les énumérer ici. La création d'un "Club Bob Morane" dont j'ai fini par être le rédac'chef pendant deux ans, et de nombreuses exégèses sur ce personnage pour les éditions "Claude Lefrancq" m'ont un temps éloigné de l'assidue fréquentation du péplum. En fait, pendant cette période qui a bien dû durer quatre ou cinq ans, je me suis limité à scanner ce que j'avais déjà fait, publié ou non, ainsi que de nombreuses fiches techniques et synopsis qui sont devenus ma base de données perso. Mon précieux outil de travail actuel.
Ensuite, une amie journaliste de cinéma, Françoise De Paepe, qui venait de créer un site Internet baptisé Cinérivages, m'a appelé à la rescousse. Elle ouvrait ses pages virtuelles à toutes les tendances cinématographiques. J'ai donc animé la rubrique «péplum» : Les Nouvelles du Fronton. Son décès inopiné1, début 2003, m'a contraint à créer mon propre site avec l'aide d'un Webmaster, Lucien J. Heldé (Empereurs-romains.net).
Je dois dire que l'édition papier commençait à me gonfler un peu : c'était une merveilleuse carte de visite qui m'ouvrait des portes, mais je ne rentrais pas dans mes frais et devais supporter des commentaires du genre : «Dommage qu'il n'y ait pas de photos couleur.» Ou «C'est cher !» Eh bien oui, c'était cher. Mais considérons que je faisais tramer les photos sur bromure, ce qui était hors prix au regard du faible tirage de ces petites éditions underground qu'étaient et seront toujours les fanzines.
Maintenant, sur Internet, il y a des photos couleurs et ça ne me coûte que mes frais de documentation. Et pour ce qui est d'ouvrir des portes, une simple carte de visite me suffit. «Venez donc voir mon site !». Il est gratuit, et La Poste ne risque plus de détériorer ou d'égarer les envois; et je ne suis jamais en rupture de stock. Cliquez, et vous êtes servi. Vous aimez le papier ? Imprimez donc. Cependant il y aura toujours des dinosaures pour se plaindre : «Mais moi, je n'ai pas Internet !»

Avez-vous collaboré à d'autres fanzines ou revues du cinéma ?

Pas énormément. Deux ou trois articles dans Ciné Zine Zone de feu Pierre Charles, autant dans Monster-bis de Norbert Moutier. Un dans l'unique numéro de The Bat de AMarcel Burel et un autre dans Mad Movies (version prozine) de Jean-Pierre Putters. Je ne vois rien d'autre, hors Reflets, mais ça, ça concerne plutôt Bob Morane ! Ah si ! BC - Before Conan de Carlo Piazza (Turin). Aussi des dossiers pédagogiques pour l'ARELAP (L'Egyptien, Hercule et Ben Hur - Jérusalem contre Rome), pour la FPGL (Ulysse 31), pour Les Grignoux [Liège] (Ben Hur).
En revanche j'ai écrit quantité d'articles pour des catalogues de festivals péplum ou biblique, des communications dans des colloques universitaires, ou des revues comme CinémAction, Les Dossiers d'Archéologie, Les Cahiers des Paralittératures, Autrement, Historia et même une fois dans un magazine familial comme Télé-Moustique (je vous fais grâce du Bulletin de la F.P.G.L., de Français 2000 (S.B.P.F.), Grand Angle ou Le Journal du Médecin...) - partout où l'on pouvait conjuguer le staff avec le marbre de Carrare, on me retrouvait le calame à la main. Toutefois il s'agissait généralement de collaborations occasionnelles, de one-shots sur un sujet thématique précis.
Dans le registre BD, j'ai écrit pour Jacques Martin deux albums, La Marine Antique («Les voyages d'Alix»). J'avais commencé la rédaction d'une Vie quotidienne à Rome sous Néron, vue par le cinéma, mais Tallandier renonça rapidement à ce projet de collection «vie quotidienne... vue par le cinéma» avant même d'en avoir lu une ligne. Dommage.

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier ?

Question fonction, je suis très honoré d'être de longue date le collaborateur du Festival du film péplum d'Arles qui, cette année 2010, en était à sa XXIIIe édition.
En fait, je suis surtout fier d'avoir été avec Claude Aziza, Hervé Dumont2 et Laurent Aknin - les trois-mousquetaires-qui-étaient-quatre -, dans le monde francophone, un pionnier de la réhabilitation d'un genre cinématographique méprisé.
Mais ma plus belle réalisation reste mon site Internet, PEPLVM - IMAGES DE L'ANTIQUITÉ (cinéma et BD) prolongation de mon zine-papier. N'est-t-il pas l'aboutissement d'un long chemin, la conséquence ultime de mon rêve de celluloïd ?

Propos recueillis par Laurent Faiella, en novembre 2010
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Nota:
1 Voir le texte d'Olivier Isaac et Pierre De Paepe sur l'aventure de Cinérivage.
2 Auteur de la « Bible » : L'Antiquité au cinéma. Vérités, légendes ou manipulations, Nouveau Monde-Cinémathèque suisse, 2009.