Constantin BERTHELIER

2010-03 (n°24)



2010-02 (n°23)



2009-12 (n°21)



2009-10 (n°19)



2009-08 (n°17)



2009-06 (n°15)



2009-03 (n°12)



2008-12 (n°9)



2008-09 (n°6)



2008-06 (n°3)



2008-06 (n°2)



2008-04 (n°1)

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Je n'ai pour ainsi dire, pas fait d'études. Après le bac, je suis resté deux mois à la fac de cinéma à Lyon où j'ai senti assez vite que ça ne me mènerait pas où je voulais, même si je ne savais pas encore bien où je me dirigeais. Pas non plus parce que le programme ne me plaisait pas, mais il y avait aussi une drôle d'ambiance parmi les étudiants qui dénigraient déjà le cinéma de genre et qui se mettaient dans une espèce de foire aux vanités où la course au plus cultivé était de rigueur. Je sentais aussi parmi mes camarades des velléités artistiques mal avouées, ce qui me mettait un peu mal à l'aise.
J'ai aussi passé un an aux Beaux-Arts où la foire aux vanités était un sacerdoce à plein temps. C'est là que je me suis redirigé vers le cinéma, et par réaction au tout-culturel obligatoire auquel les étudiants se plient eux-mêmes (contrairement à ce que l'on croit, les profs de fac ou des beaux-arts sont bien moins élitistes et dénigrants que leurs élèves) je décidai d'embrasser mon amour pour le cinéma de genre, les super-héros, le cinéma populaire, aussi bien le cinéma de quartier que les blockbusters.
Je n'ai pas vraiment eu d'activités dans l'industrie du cinéma, à part un petit making-of pour un court-métrage pro. Sinon, j'ai réalisé deux ou trois films en dilettante pendant cette période où je ne travaillais pas.

Qu'est ce qui vous a motivé dans la conception et la thématique du fanzine « Pepper Steak » ?

L'approche peut sembler étrange, mais ça part de l'accumulation de DVDs dans ma chambre qui commençaient à déborder de tous les coins. J'ai vraiment ressenti que je ne faisais pas les choses sagement, qu'il fallait que j'extirpe de cette gloutonnerie quelque chose de studieux et tenter une approche analytique sur tout ce que je voyais.
Plus concrètement, c'est clairement l'émission de Yannick Dahan « Opération Frisson » qui a été un élément déclencheur. J'ai aussi toujours voulu être rédacteur en chef de mon propre magazine. Depuis que je suis enfant, je lance des petites publications. Mais avec Pepper Steak, je suis passé vers un exercice un peu plus sérieux.

Le premier numéro de « Pepper Steak » sort en avril 2008. Dès le début, vous aviez imaginé à une double publication : téléchargement et papier ?

Absolument. L'élément déclencheur de ce concept était quand j'ai mis la main sur mon logiciel de PAO qui permettait d'exporter les compositions en PDF. Dès lors, je me suis dit que c'était une vraie innovation pour être diffusé.
L'édition papier était quant à elle obligatoire. Je devais y passer tôt ou tard. Je l'ai tiré d'abord tout en noir et blanc pour moi, puis pour des amis, puis j'ai trouvé un format standard pour le public. L'édition papier s'adresse à la fois aux puristes qui voudront le lire chaque mois proprement et aussi aux curieux qui le trouvent dans une boutique pour un petit prix, proposant une lecture sympa en plus de l'achat d'un DVD par exemple.
Néanmoins, je crois aussi à la version numérique, même si je la regrette quelque part. J'aimerais par exemple pouvoir diffuser Pepper Steak sur iPhone ou autres supports de ce genre. Je pense aussi que c'est un vrai challenge pour la presse en général.

Quelle définition pourriez-vous donner à la culture pop et geek ?

C'est un peu difficile, car par définition, un geek est tout sauf populaire, si on veut jouer sur les mots. Mais on observe manifestement une démocratisation du geek. Mieux qu'une démocratisation, le geek est désormais cool, même branché. Regardez le DJ Martin Solveig, assez en vogue, qui fait apparaître des cartons « from geek to chic » dans ses clips !
Concrètement aussi, j'observe aussi que je peux draguer une fille dans un bar en lui parlant de Transformers pendant une demi-heure et elle trouvera ça branchant, justement parce que la culture geek peut être assez rock'n'roll, dans le sens où on a des références complètement à l'ouest pour le commun des gens. En ça, les geeks font beaucoup d'ombre aux gens branchés traditionnels.
On observe donc un glissement. La pop culture à ça qu'elle récupère tous les mouvements de toutes sortes pour les « aplatir » et les adapter au grand public. Regardez Che Guevara, il n'existe plus que sur des mugs et des t-shirts.
En ça, Pepper Steak est peut être un magazine plutôt iconoclaste, mais je l'assume totalement. C'est avant tout un magazine de célébration, et la pop culture est une grande fête, celle de pouvoir dire je suis « fan » de ce truc. Et si la culture geek vient vers cette voie, qu'elle soit bienvenue à la fête !

Avez-vous eu des collaborateurs pour réaliser ces numéros ?

Des collaborateurs professionnels, jamais. Nous sommes une équipe très réduite, nous connaissant entre nous. Il m'est arrivé de rentrer en contact avec des festivals ou des agents pour obtenir des interviews, mais les accords étaient toujours aimablement donnés, sans vraie contrepartie.

Votre fanzine comporte des dessins originaux. C'est assez rare dans ce type de publication qui privilégie surtout les photos.

J'y tiens absolument et pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il y a en France des milliers de jeunes qui ne demandent qu'à dessiner et qui ont des bonnes idées.
Aussi parce que c'est une tradition qui se perd, surtout dans la presse de cinéma où elle est quasiment inexistante. C'est vraiment dommage. L'illustration est la marque d'un magazine, elle starifie aussi immédiatement un réalisateur ou un acteur quand elle est bien faite et bien plus efficacement qu'une photo vue et revue.
Je suis aussi un grand fan du magazine Playboy qui dans son édition américaine, propose chaque mois beaucoup d'illustrations exceptionnelles, pour toutes sortes d'articles. C'est la marque d'un grand journal.

Avec le n°24, vous fêtez votre deuxième anniversaire. Quel bilan tirez-vous de ces deux années de publication?

Le bilan, c'est que si on n'aimait pas ce qu'on fait, on aurait déjà arrêté ! Concrètement, les retours des lecteurs arrivent à peine, même pour ceux qui sont inscrits depuis le numéro 3 ou 4. Ils commencent à peine à remarquer que Pepper Steak existe. C'est tout à fait normal.
Parce qu'en général, les fanzines ne durent pas longtemps et aussi parce que culturellement aujourd'hui, le fanzine est un concept pas même obsolète, mais inexistant, voire absurde.
Je m'en suis rendu compte en faisant la convention du Paris Manga, où les personnes intéressées par la chose me demandaient ce que c'était et pourquoi je faisais ça. C'est Internet qui a tué cette culture du « Do It Yourself », où plus personne ne voit d'intérêt à monter des projets non lucratifs et simplement plaisants. Les geeks nouveaux n'ont pas du tout le goût des aventures comme celle-ci. C'est pour ça que Pepper Steak commence à peine à trouver une existence parmi un lectorat potentiel.
Humainement, culturellement, c'est un bilan excellent. Nous avons des interviews au top au compteur, des lecteurs vraiment attachés et des partenariats excellents comme avec l'Absurde Séance de Paris. Ce n'est que le début et c'est ça qui est délicieux.

Vous collaborez à d'autres sites Web ou fanzines ?

Non. J'aimerais, mais je n'ai pas le temps. Tout mon temps libre est consacré à Pepper Steak. C'est dommage, j'aimerais toucher à tout, aider d'autres sites, d'autres fanzines. Mais aujourd'hui, s'il faut que j'écrive pour une autre structure, il faudrait que ce soit dans une optique professionnelle.

Qu'allez-vous aborder dans les prochains numéros ?

Très bonne question ! Nous ne savons pas encore. il y a trop de choses. Nous ne manquerons pas les sorties des prochains films de super-héros, c'est sûr. Dans les tuyaux, nous avons des dossiers sur Steven Seagal, sur Paris Hilton, sur les Minikeums, sur Russ Meyer, John Waters. tout ça n'a pas vraiment de ligne droite et je tiens à ce que ça reste comme ça !

Propos recueillis par JLuc G, en mars 2010
copyright ©2006-2010 / Revues-de-cinema.net