Jean-Pierre FRIMBOIS

Premiere n°1



Premier en°12



Premiere n°21



Premiere n°31



Premiere n°40



Premiere n°60



Premiere n°100



100 Chefs-d'oeuvre du film d'auteur



Premiere n°387



Pendant la mise à jour de la page consacréé à Première, j'ai voulu refaire le point sur cette aventure avec l'homme qui est a l'origine de la création de ce magazine. J'ai bien fait, car Jean-Pierre FRIMBOIS avait beaucoup de choses a nous raconter.

Quelles études avez-vous suivies ? Pendant vos études, avez-vous eu des activités dans le cinéma ?

Je suis né en 1946. C’est, en fait, au patronage que j’ai connu mes premières émotions cinématographiques d’enfant avec des films comme Captain Blood, Passeport pour Pimlico ou Pour qui sonne le glas.
J’ai fait mes études au lycée Charlemagne, à Paris, en section littéraire. Après mon bac philo, je me suis inscrit à la Sorbonne, mais très vite j’ai rejoint le groupe Filipacchi. J’étais plus particulièrement chargé de la pop music anglaise, à l’époque du Swinging London. Je suis devenu, à 18 ans, le plus jeune rédacteur en chef de France. J’ai dirigé Salut les Copains jusqu’à fin 68. Ensuite, je me suis occupé, chez Dargaud, de la partie magazine des publications du groupe.
Mes metteurs en scène préférés auront été, dans le désordre, Ingmar Bergman, Luchino Visconti, Federico Fellini et les têtes de pont de la Nouvelle Vague. J’ai aussi toujours beaucoup aimé, dès mon enfance, les westerns, les films d’aventures et les films historiques.
En 1975, j’imagine les concepts de deux nouvelles revues : Onze, consacré au football international et Première, nouveau concept en matière de cinéma.

En mars 1976, vous lancez le magazine sportif Onze qui est une réussite immédiate. En novembre 1976, ce sera le tour de Première. Quelles étaient vos ambitions?

Nous partions un peu dans l’aventure. Le premier problème aura été de répondre à une demande d’urgence de l’éditeur d’alors, Jean-Dominique Nouailhac, dont certains autres titres connaissaient toutes sortes d’aventures. Nous avons réalisé ce premier numéro en à peine quinze jours. C’est la raison pour laquelle on retrouve dans l’ours du numéro 1, une partie des journalistes qui collaboraient à Onze, dont Marc Esposito, alors secrétaire de rédaction à Onze et avec lequel je m’entretenais souvent de cinéma.
C’est lui qui avait déjà une vision précise du changement de donne qu’allait connaître le cinéma français avec la nouvelle génération d’acteurs et de metteurs en scène à venir.

Première a (et est toujours) la revue de cinéma grand public la plus populaire. Avec du recul, vous pouvez expliquer cette réussite ?

Je pense que le raisonnement de départ était bon : faire naître un magazine consacré au cinéma différent des deux pôles constitués, d’une part par Cinémonde et Ciné Revue et, d’autre part, Les Cahiers du Cinéma et Positif.
Pour le premier numéro, les acteurs sur lesquels nous nous sommes concentrés auront été Ottavia Piccolo et Marisa Berenson, en raison de leur actualité. Nous avons récupéré les photos du tournage de René la Canne avec Gérard Depardieu, Michel Piccoli et Sylvia Kristel (choisie pour la couverture de ce premier numéro). Pour les films, Missouri Breaks et surtout 1900 de Bernardo Bertolucci auront eu nos faveurs.
Nous avons atteint rapidement une diffusion de 70.000 exemplaires, ce qui était honorable pour un magazine lancé sans campagne de publicité importante. Dès le deuxième numéro, Miou Miou et Gérard Depardieu entraient en scène, suivis bientôt par Patrick Dewaere, Isabelle Adjani, Jacques Dutronc et Isabelle Huppert.
Pour le numéro 12, nous avons décidé de placer ces six jeunes acteurs en couverture. C’était un peu notre Nouvelle Vague à nous. Les films qui leur correspondaient alors étaient La dentellière, Préparez vos mouchoirs, Dîtes-lui que je l’aime, Le juge Fayard dit le Shériff, Le point de mire ou Violette et François. Mais nous avions repéré aussi Diane Keaton, Jodie Foster, Richard Gere ou Sissy Spacek qui allaient vite confirmer aux USA.
Nous avions un bon œil. Nos fondations journalistiques étaient solides dès le départ.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de l’aventure Première ?

Le premier qui me revient en mémoire est le Festival de Cannes (pluvieux) de 1977, auquel j’ai participé en compagnie de Marc Esposito et de Jean-Pierre Lavoignat. Je me souviens de films comme La communion solennelle de René Féret, La dentellière de Claude Goretta, Padre Padrone des frères Taviani (future Palme d’or que j’ai apprécié d’entrée), Car Wash de Michael Schutz, En route pour la gloire de Hal Hashby ou Portrait de dame avec groupe d’Aleksandar Petrovic, avec une bouleversante Romy Schneider, sans oublier Trois femmes de Robert Altman. C’était un bon cru.
L’année suivante, fut l’occasion de saluer de bons films comme Les yeux bandés de Carlos Saura, Une femme libre de Paul Masursky, Molière d’Ariane Mouchkine, Midnight Express d’Alan Parker, ou L’empire de la passion de Nagisa Oshima.
Mais, finalement, mon meilleur souvenir aura été le troisième Festival de Cannes auquel j’ai assisté, celui de 1979. C’est, cette année là, que j’ai adoré Apocalypse Now de Francis Coppola, Siberiade de d’Andréi Mikhalkov-Kontchalovski, Les sœurs Brontë d’André Téchiné et surtout Le tambour de Volker Schlöndorff et Woyzeck de Werner Herzog. Hors compétition, il y avait aussi le splendide Manhattan de Woody Allen, avec Diane Keaton.
Voir tous ces films en avant-première aura bien été mon meilleur souvenir.

Vous êtes, depuis 1998, le directeur de la rédaction du magazine d’art contemporain, Art Actuel, mais quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier.

Avoir été à l’origine d’un magazine de cinéma qui dure encore, plus de trente ans après sa fondation, est une première satisfaction personnelle.
Avoir donné ma confiance, au début, à des journalistes aussi brillants que Marc Esposito ou Jean-Pierre Lavoignat et leur avoir permis d’écrire, plus tard, leur propre histoire du cinéma, me convient aussi.
Je suis aussi très content, à la fin des années 80, en compagnie de Jean-Marc Bouineau et d’Alain Charlot, d’avoir permis l’édition de six volumes de la collection « Les 100 chefs d’œuvre », aux éditions Marabout, consacrés au film historique, au western, au film fantastique, au film musical, au suspense et au film d’auteur. C’est une série que j’aimerais bien reprendre et compléter. Pour y faire entrer, notamment, mon film préféré de ces dernières années : 2046 de Wong Kar-way, présenté au Festival de Cannes, en 2004. Depuis, aucun film ne m’a déclenché une telle émotion.

Propos recueillis par JLuc G, en mai 2009
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