COLLETTE Kevin Bertrand
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Juin 1972 (n°1)

Kevin Bertrand Collette a trouvé mon site rigolo. J'en ai donc profité pour le questionner sur ses activités de journaliste cinématographique.

Quelles études avez-vous suivies. Pendant votre scolarité, avez-vous eu des activités dans le cinéma?

Aussi loin que je puisse me souvenir, mon tout premier film vu au Cinéma fût le merveilleux "20.000 Lieux sous les Mers" de Richard Fleischer. C'était à l'occasion d'une sortie de classe de Primaire en fin d'année, pour récompenser les élèves... Ce fût mon premier choc au Cinéma. Je devais avoir 7/ 8 ans...(des années plus tard j'ai pu rencontrer Richard Fleischer lors d'une rétrospective organisé par le Festival Cinémalia de Beauvais, vous imaginez mon émotion...).
J'ai donc commençé très tôt à m'interesser au Cinéma Fantastique, d'abord via la diffusion de séries telles que StarTrek, les séries de Gerry Anderson le Prisonnier, les séries anthologiques Outer Limits ou Twilight Zone que j'ai pu découvrir sur les écrans de Télé-Monte-Carlo dans les années 70 (je vivais alors à Vence, au-dessus de Nice).
Parenthèse qui a son importance: à la Noël 1971 un oncle et un cousin sadiques me trainèrent voir le 'James Bond' d'alors (Les Diamants Sont Eternels). Le résultat s'en ressent jusqu'à aujourd'hui (rires ).
Bref, je poursuis : vers 1973, mes parents ont acheté un projecteur Super-8 (...Muet ) et se sont mis à nous louer, à ma soeur et moi, des extraits de films dispos chez Film Office. Il existait alors une société à Paris qui louait des bobines de 50, 120 mètres d'extraits de films et c'était toujours la fête lorsque le colis magique arrivait de la Capitale.
En 76, gros choc,on reçoit les deux extraits du King Kong de 1933 , un 'digest' de 17 minutes + une bobines de 5 minutes supplémentaires ( intitulée "King Kong à New-York"). Là, ce fût véritablement un choc. Avec le tournage de la version de John Guillermin et l'avalanche promotionnelle qui précéda la sortie du film, je me précipitais sur tous les ouvrages portant un gros singe en couverture! (une pensée émue pour le très complet 'King Kong Story' de René Chateau - oui le proprio du mythique 'Hollywood Boulevard', que j'allais découvrir quelques années plus tard... ). A l'époque j'avais même réalisé un petit "King Kong" en plasticine noire qui tordait fièrement un wagon de la SNCF (censé représenter le métro new-yorkais...).

J'ai suivi une scolarité plutot classique. Etudes superieures de Lettres Modernes (Hypokhâgne ), puis bifurcation vers DEUG de Lettres modernes et première année du D.E.R.C.A.V à Censier (Paris III ). Coincidence amusante: un sinistre individu prénommé François Cognard (futur patron du Journal du Cinéma, et auteur/créateur lui-même d'un fanzine Foldingue consacré au mythique Festival du Film Fantastique) y suivait le même Cursus que moi...Avec tout autant d'assiduité!. Suivirent une Licence d'Anglais et finalement de l'obtention d'une Maîtrise en Information et Communication (option Journalisme).
Etant nul de chez nul en Maths, je savais dès le lyçée que je n'avais aucune chance de réussir à pouvoir integrer un jour l'I.D.H.E.C, prestigieuse école de Cinéma (d'où est sorti entre autre un certain Christophe GANS, lui-même éditeur du zine Rhésus Zero, futur rédac'Chef de StarFix et futur réal du Pacte des Loups ou de Crying Freeman).
Comment faire alors pour approcher le monde du Cinéma ?
Simple : en créant un zine où je pourrais laisser libre cours à ma passion. Silent Scream a vu le jour lors de mes dernières années de scolarité au Lyçée Henri IV, à Paris - principalement grâce à la bienveillante photocopieuse de bureau du père d'un ami... A cette époque, la librairie MOVIES 2000 à Paris était le rendez-vous de tous les 'Fan éditeurs' fous furieux de Cinoche... Coup de chance pour moi, j'ai convaincu son propriétaire, qui s'apprêtait à lancer une version kiosque de son propre fanzine Mad Movies, de me laisser écrire une petite critique d'un film Gore alors inédit chez nous, que j'avais pu visionner en Belgique. Ma carrière de Critique de Cinéma était lançée!!!!!

Vous avez créé le fanzine SILENT SCREAM. Parlez nous de cette aventure.

Comme je l'ai dit précédemment, à cette époque (annés 78 à 85, à peu près), nous nous retrouvions tous à Movies 2000 et surtout lors des grands messes horrifiques orchestrées par Alain SCHLOCKOFF (créateur de L'Ecran Fantastique) pour son Festival du Film Fantastique du Rex. C'était l'occasion de folles soirées, où tous les coups étaient permis pour réserver au minimum deux rangées de places pour les copains qui ne pouvaient se liberer qu'en soirée. Tactique habituelle: se taper TOUTES les séances de l'après-midi pour réserver un maximum de place "de l'interieur". Je peux donc ainsi vous rapporter les dialogues de l'affligeant CondorMan, vu je ne sais plus combien de fois, quasiment par coeur (rires).
Bref Silent Scream a vu le jour. Pourquoi ce titre? J'avais vu en salle le Slasher homonyme et je trouvais le titre sympa (le film nettement moins...). Comme la plupart des zines, c'était un ' ne-man job'. Comprendre: je faisais tout ,de la compo à la typo en passant par la rédaction, la recherche des pavés Presse... Mine de rien d'ailleurs j'ai plus appris sur la Typographie en bricolant ce titre que dans mes années d'études de Journalisme qui suivirent. Un bête exemple: tout fier de ma première maquette, je dus recommencer tout le bazar en me rendant compte un peu tard que je n'avais pas pensé à mettre des...Marges. Total: c'était illisible. Bref, une fois l'objet édité, photocopié et relié à coup d'agraffeuse, il fallait alors faire la tournée des librairies spécialisée de cinéma de Paris pour laisser "en dépot" quelques exemplaires et prier qu'un malheureux lecteur daigne débourser quelques francs pour acquérir la 'chose' à ses risques et périls...
Le plus drôle c'est que chacun des Fanéditeurs mettait un point d'orgue à acheter les ouvrages de ses voisins. Ce qui remplissait d'allègresse le propriétaire du titre en question et lui donnait l'impression d'être un nouvel Robert Hersant...

Qui a collaboré a ce fanzine? Comment se passait’ il?.

Encore une fois, le Zine était quasiment rédigé de A à Z par son éditeur. Il m'est arrivé de faire appel à des copains pour telle ou telle rubrique, mais c'était plutot pour essayer de diversifier le ton du "journal". J'ai même essayé diverses formules: un petit format A3, très joli mais illisible, et un ultime numéro sorti en 1982 sous couverture papier glaçé noir et blanc (avec nouveau logo ). Couverture obtenue à prix d'ami grâce à l'éditeur du prozine Nostalgia que je remercie ici au passage... En fait le zine ne reflétait que mes propres goûts de l'époque en matière de Cinéma... Comme la plupart des titres ('Scream' était par exemple édité par un fou furieux fanatique de Jessica Harper, 'Zombi Zine' de Feu Pierre Pattin était une apologie du cinéma de Jean Rollin,etc... ). A notre manière nous défendions un cinéma de Genre comme avaient pu le faire Truffaut, Godard et compagnie en 1968... J'ai eu la surprise il y a quelques années de découvrir un vieux numéro trainant au milieu de Cine-Zine-Zone et autres Monster Bis à Cannes lors d'un Festival. L'effect Kleenex a joué ...

Vous avez également édité un «pro zine» d’un seul numéro: MEDIA BIS? Avec quel objectif ? Pourquoi ne pas avoir plutôt continué l’aventure avec SILENT SCREAM?

En 1983, j'écrivais donc déja dans Mad Movies, et je n'en étais pas peu fier (quoique exploité comme un esclave par son éditeur grippe-sou), je poursuivais tant bien que mal mes études supérieures (en fendant le coeur de ma pauvre mère lorsque je lui ai annonçé que je renonçais à devenir Prof pour bifurquer vers la carrière de Journaliste).
Je n'avais peur de rien et surtout j'avais un atout incomparable dans ma manche: une tante, ancienne actrice et copine de Brigitte Bardot à ses débuts, qui habitait Londres.
Londres! Là où se tournaient les films de la Hammer, là où Lucas avait réalisé son premier StarWars et Spielberg son Indiana Jones. Londres aussi, la ville où étaient basés les bureaux de Eon Production (les producteurs des Bond).
Ma Tata m'a toujours aidé du mieux qu'elle pouvait pour assouvir mes envies (à coup de magazines de cinoche british type Hammer House of Horror ou de programme-souvenir de James Bond introuvables en France). J'avais fait mon premier voyage dans la Perfide Albion dès 1981 (à l'occasion de l'obtention de mon Baccalauréat) et multipliais les occasions de fouler le sol british dès que mes finances me permettaient un voyage via traversée par bateau + train (un périple de près de 5 heures... ). Bref en 83, je fus ' officiellement 'envoyé sur Londres pour' couvrir 'la sortie du Retour du Jedi pour Mad Movies (à mes frais, je précise...). Je décidais alors d'un grand coup de Poker. Editer un 'vrai' magazine, entièrement en papier glaçé, sous couverture couleur à l'occasion de la sortie quasi simultanée des deux James Bond de l'époque. Depuis des années j'avais bavé devant les numéros de Rhesus Zero, le prozine de Christophe Gans (infiniment supérieur en terme d'infos et de maquette au Mad Movie pourtant en kiosque de l'époque), et, cabotin comme pas un, je me disais que la création de Média bis m'ouvrirait peut-être quelques portes professionnelles (ce qui se passa, effectivement ).
Désireux également de m'éloigner du format 'j'édite-un-zine-où-je-ne-parle-que-de-ce-qui-me-plait', je voulais, avec ma modestie coutumière, créer un format consacré à tout ce qui pouvait être alors labelisé "Culte", soit la BD, la musique, les romans, le Cinéma et les séries télé!!
Manquait pas d'ambition, le p'tit Kevin...
Je suis donc allé frapper à quelques portes à Londres, au culot. Et j'ai obtenu, en vrac, une interview exclusive du groupe de filles qui cartonnait alors: les BANANARAMAS, une invitation dans la loge privée de Virgin Music d'un concert de Jimmy Sommerville, une tonne de photos de Never Say Never Again(le Bond indépendant). Bref , le nirvana !
Je complètais le sommaire de ce numéro 1 d'une mini interview + p'tit crobard du dessinateur Frank Margerin et même du groupe Indochine... Sans oublier un article du spécialiste ès séries Culte Alain CARRAZE consacré, bien sûr ,au Prisonnier (qu'il venait d'arriver à faire rediffuser en France). Question diversité, on y trouvait un peu de tout dans ce numéro... Un peu trop même...

Dans le dossier «zine Story» (Mad Movies n°200) Christophe Lemaire dit … «Kevin Bertrand Colette, fan absolu de James Bond et géniteur de SILENT SCREAM…»? Cette passion pour l’agent 007 est toujours présente ?

Oh que oui! Cette passion est même devenue une activité à part entière, puisque j'ai conservé les statuts de l'experience Media Bis pour en faire une...Agence de Documentation & Evènementiels dans les années 90s, principalement consacrée à l'agent 007! [1]
Pour vous donner une idée, j'essaie en ce moment de monter un Concert Hommage à la Saga 007 en faisant venir à Paris un groupe de musiciens Flamands fabuleux , les 'Mister Kiss Kiss Bang Bang'. Si vous connaissez un proprietaire de salle de concert intêressé...

Avez-vous collaboré à d’autres fanzines ou revues de cinéma?

Je suis passé par quasiment tous les titres de Presse spécialisée Cinéma de France et de Navarre (à l'exception notable de "L'Ecran Fantastique" , des "Cahiers du Cinéma" ou de tout autre organe trop intellectuel à mon goût). De Mad Movies à Video 7 en passant par GQ France...Sans oublier un passage rigolo à...PIF (mais oui ), des chroniques télés sur 'Bienvenue au Club' pour Serie Club, un passage-éclair dans l'émission "C'est Pas le 20h" de Canal + ,etc... J'ai participé à la toute première équipe de rédaction de Ciné-Live, à partir du second numéro... suivies d'interventions sporadiques jusqu'en 2006.
J'ai également écrit dans des revues britanniques (FantaZia ,etc. ), italiennes ,américaines...

Vous faites parti du Syndicat Français de la Critique de Cinéma comme collaborateur à «Unesco A.I.U», à «Ian Fleming Foundation» et à l'«Agence de presse Ananova». En quoi consistent toutes ces activités?

Le fait d'appartenir au Syndicat de la Critique est plus honorifique qu'autre chose. A l'époque, on ne pouvait y entrer que par co-optation (comprendre: il fallait que deux membres du-dit syndicat proposent votre candidature pour que vous soyiez accepté). J'aimais bien ce côté "Club British" à usage restreint ...
En ce qui concerne l'Unesco, il s'agit juste d'un travail alimentaire effectué il y a quelques années.
Pour la Ian Fleming Foundation, c'est une belle histoire d'amitié qui m'a amené à faire la connaissance de son vice-président, Douglas REDENIUS, en 2001, dans ses terres de l'Illinois. Je dévorais dès les années 80 le luxueux prozine de la Foundation, intitulé simplement 'Bondage', et ne connaissais alors que de nom les auteurs des articles (devenus aujourd'hui des collaborateurs directs de Eon Production, notamment au niveau de la production des programmes Bonus pour les Blu-rays et les DvDs). Lors d'un séjour je fus hébergé par mon ami le romancier Raymond BENSON (auteur de nouveaux romans mettant en scène l'agent 007 )qui habite lui-même du côté de Chicago. Il m'a proposé un jour de m'emmener voir Doug chez lui... A plusieurs centaines de kilomètres (c'est là que j'ai réalisé que les Américains n'ont pas la même notion de distance que nous!). La Ian Fleming Foundation est une société créée à la base par des fans qui a vite évoluée vers une structure corporative. Doug et ses amis sont parvenus à instaurer un climat de franche amitié avec Eon Production...Au point d'arriver à récupérer moult véhicules et engins issus des films de la saga. A l'heure actuelle, la Foundation possède le plus beau fond de véritables véhicules tirés des films, du sous-marin Neptne de RIEN QUE POUR VOS YEUX au Q-Boat du MONDE NE SUFFIT PAS en passant par la Cougar de Tracy dans AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE. Doug est un type qui a le coeur sur la main, et contrairement aux fans français de 007 qui ne pensent qu'à eux et à leurs petites collections de merchandising, n'hésite pas à prêter aux musées du monde entier ses véhicules 007. On se croise régulièrement lors des 'Premières' des James Bond à Londres, et c'est toujours l'occasion de grands éclats de rire...

Quels sont les actions, fonctions ou articles (pour le cinéma) dont vous êtes le plus fier?

A titre purement personnel, le fait d'apparaitre sous mon nom dans un...Roman de James Bond signé Raymond BENSON ('Ne rêve jamais de mourir/Never Dream of Dying' sorti en 2002).
Sur le plan professionnel, la seconde interview que j'ai pu faire avec l'immense John BARRY pour l'émission spéciale 'Meurs Un Autre Jour' diffusée sur T.P.S en 2002 pour la sortie du film...
Et avant que vous me posiez la question, j'anticipe: oui ,Sean Connery reste pour moi le meilleur interprète de James Bond. Et, non, je n'ai pas encore pu à ce jour vraiment l'interviewer en face à face (j'ai rapporté ses propos lors de la Conf' de Presse cannoise de Haute Voltige, et l'avais déja croisé au cocktail de Presse parisien de Jamais plus Jamais en 1983...Sans oser l'aborder. Ce type m'impressionne trop...)
L'interet de ce metier, c'est que l'on y rencontre toute sorte de gens, des intêressants et des arnaqueurs de première aussi (surtout du côté des éditeurs – rires ), et surtout il permet d'approcher directement ce monde magique des 'usines à rêves'. Qui sait, j'arriverais peut-être bien un jour à passer moi aussi derrière la caméra. Only time will tell...

Propos recueillis par JLuc G, en juillet 2009
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[1] Et pour être complet, voici trois adresses concernant 'James Bond'